Un vrai coeur belge : François MALMEDY

Texte du 15-12-1944 à propos d'un Comblennois fusillé en 1942.

Informations

En mai 1940, François MALMEDY a fait la campagne des 18 jours en qualité d'élève de gendarmerie, il n'a guère l'occasion de combattre, néanmoins, lors du bombardement d'Ostende par la Luftwaffe, il se distingue par son sang-froid et il n'hésite pas à exposer sa vie pour sauver ses camarades et des civils.

Après la capitulation, il rentre à la brigade-école où, en raison des bons services rendus, il est affecté à un escadron spécial.

Seulement, après quelques semaines, la gendarmerie n'est plus qu'un accessoire, un prétexte : ce qu'il veut, c'est faire choir le boche auquel il ne s'est jamais soumis, ce qu'il veut, c'est aider l'Angleterre en laquelle il a une foi inébranlable.

Aussi, il entre dans toutes les organisations défendues par l'ennemi puis dans un service d'espionnage proprement dit, mais sa famille ne le saura que beaucoup plus tard. Elle doit attendre 1941 pour que des raisons majeures le forcent à certains petits aveux : il a besoin d'armes et d'explosifs et il doit bien les demander à ceux qui les possèdent.

En automne 1941, tandis qu'il passe un congé chez ses frères, François rencontre un parachutiste anglais dont l'avion a pris feu la nuit précédente. Hélas, ils ne se comprennent pas et François doit recourir aux bons offices de son frère, ce dernier veut se charger de l'aviateur mais François est homme à se débrouiller. Au point que, quelques jours après, un second aviateur, compagnon du premier, sera, après avoir été recueilli et hébergé dans la région de Comblain, amené également à François.

Les deux aviateurs ont été soignés, choyés puis conduits sains et saufs d'où ils ont rejoint l'Angleterre et repris leur service. Au moment de la libération de la Belgique, tous deux continuaient à se distinguer au sein de la R.A.F.

Au début de 1942, quatre bons patriotes de Comblain, qui avaient précisément participé au sauvetage du second aviateur, doivent, pour des raisons de sécurité, quitter le pays, ils se rendent auprès de François qui en acheminera trois en Angleterre, le quatrième ayant préféré poursuivre son activité malgré le danger qui pesait sur lui.

Les 27, 28 et 29 avril 1942, François est à nouveau à Comblain, c'est alors qu'il décharge son coeur de tout ce qu'il peut dire sans trahir son véritable secret. Sa famille sait qu'il hait les Allemands ainsi que leurs collaborateurs, qu'il accomplit des missions périlleuses, qu'il doit partir pour "certaines études" et en revenir, qu'il est prêt à faire don de sa vie à sa Patrie, qu'il est toujours sur les dents, mais pour le reste, aucune précision.

Le 30 avril, il entre à Bruxelles et, le 2 mai, il est arrêté. Voici la version obtenue auprès de ses "amis".

Lors de son arrivée dans la capitale, François apprend que des messages importants doivent être transmis d'urgence. La date d'émission est fixée au 2 mai. Il ne sera pas possible re réunir les guetteurs, mais on s'en passera.

Le 1er mai, il fait disparaître toutes les traces de son activité; il range toutes les armes qu'il détient de la gendarmerie, il sera porteur d'une arme  pour accomplir sa mission, mais cette arme est sa propriété et ne pourra valoir le moindre embarras à ses chefs.

Le 2 mai, l'émission a lieu aux heure et endroit convenus : en plein après-midi, l'émission se déroule dans les meilleures conditions, mais, au moment de quitter les lieux, François constate que l'immeuble et le quartier sont cernés. Les deux dames qui l'hébergent sont saisies de peur, son compagnon de "travail" aussi car, pris par la Gestapo, c'est la mort certaine. Après il dira : "MALMEDY a été magnifique".

Une décision s'impose et, promptement, François la prend, c'est-à-dire qu'il assume toute la responsabilité pour sauver les autres.

Les choses se passent suivant ses prévisions, à peine a-t-il parcouru quelques mètres, qu'il est appréhendé par deux gestapistes. Le plus simple est de profiter de sa force pour les bousculer sérieusement et poursuivre son chemin : c'est ce qu'il fait. Seulement les boches ne s'avouent pas vaincus, des coups de sifflet donnent l'alerte, les balles visent François qui est touché et tombe à genoux pour un court instant, il se relève et fait feu sur ses agresseurs : un premier tombe, puis un second, mais une rafale de mitrailleuse finit par le faucher.

Pendant le combat, les compagnons de François se sont enfuis, jamais ils ne seront inquiétés, car ni un geste ni un mot ne les trahiront. François avait toujours dit que les Allemands ne le prendraient pas vivant, parce que sa capture était synonyme de torture et de mort. Dieu n'a pas voulu qu'il en fût ainsi car, malgré les nombreux projectiles reçus, dont une balle au poumon, il a survécu à ses blessures.

Dès que l'arrestation leur fut connue, les frères MALMEDY commencèrent de tristes allées et venues à travers tous les bureaux fameusement réputés de la KOMMANDANTUR, de la rue TRAVERSIERE, de l'avenue LOUISE (criblée un peu plus tard par les obus d'un pilote belge), de la prison de SAINT-GILLES et finalement de la G.F.P.

Jamais ils n'ont pu voir leur frère, ni lui écrire, ni recevoir la moindre nouvelle : le cas était trop grave, répondait-on, et le secret devait rester absolu. Seul son commandant de gendarmerie avait été autorisé à lui adresser des colis mais cette faveur fut bientôt supprimée.

Aussi, malgré les visites fréquentes, malgré les nombreuses interventions de toute nature, doit-on attendre l'exécution pour connaitre certains détails.

Le 15 juillet, l'Administration communale de Comblain est prévenue de l'exécution en ces termes :

"Le nommé François MALMEDY, de nationalité belge, né à Comblain-au-Pont le 11 août 1917, fils de Hubert MALMEDY et Alphonsine, née JOSEPH, de religion catholique, domicilié à BRUXELLES, chaussée de Charleroi, n°51 :

A été, en suite  d'un jugement du Conseil de Guerre de l'Oberfeldkommandantur 672 du 29 juin 1942, jugement coulé en force de chose jugée, condamné deux fois à la peine de mort, une fois pour espionnage, une seconde fois pour détention irrégulière d'armes. Le jugement a été exécuté le 9 juillet 1942, à 6 heures du matin, par fusillade. La mort a été constatée au lieu de l'exécution par un médecin militaire. Le condamné avait, au cours des derniers jours, l'assistance de l'aumônier de la Wehrmacht : l'aumônier Schlicht du Lazarett 1/604. Il a également accompagné le condamné lors de sa dernière sortie vers le lieu d'exécution.

L'inhumation du corps de MALMEDY a eu lieu.

L'endroit ne peut être indiqué".

Le 16 juillet, ses frères se rendent au Conseil de Guerre de Bruxelles et exhibent copie de la lettre; un malaise se produit immédiatement car, malgré toutes les questions posées, les Allemands se confinent dans un mutisme absolu. Il faudra deux heures aux frères MALMEDY pour obtenir quelques phrases et quelles phrases !

"Votre frère était un brave coeur.

C'est dommage qu'il ait si bien exécuté les ordres de Londres.

Votre frère était trois fois criminel : criminel contre son Roi puisque le Roi a capitulé, criminel contre son Gouvernement puisque le Gouvernement actuel marche d'accord avec nous, criminel contre l'armée allemande, puisque nous sommes pour vous défendre et que les vrais Belges, connaissant leur devoir, se battent au front de l'Est.

Ses lettres d'adieu, vous ne pouvez les avoir, votre frère y est trop méchant pour nous, il y montre trop son amour pour Churchill, pour Roosevelt et même pour Staline.

Oui, votre frère est mort glorieusement, comme un vrai soldat, sans aucune défaillance, sans aucun regret".

Après le Conseil de Guerre, c'est la visite à SAINT-GILLES. Ici, l'Allemand est moins retors ou plus humain. En effet, voici ses réponses :

"C'est moi qui ai annoncé à votre frère la nouvelle de son exécution, j'étais accompagné de l'aumônier et du docteur traitant.

Oui, ses blessures étaient à peu près guéries car votre frère était fort. Votre frère a serré la main du docteur et l'a remercié des bons soins qu'il lui avait prodigués. Il a demandé à l'aumônier de passer la nuit dans sa cellule, ce qui a été accepté.

Moi, il ne m'a pas regardé, mais il a dit qu'il avait deux frères, que chacun de ses frères avait un fils et qu'il serait vengé.

C'était une tête dure. Quand il a su qu'il allait être exécuté, il a essayé de passer ses cigarettes à d'autres détenus, il savait que c'était défendu, j'aurais dû le punir, mais je ne l'ai pas fait.

Voici le paquet de cigarettes comme preuve".

Sur ce paquet de cigarettes, François a écrit : "Courage mes amis. Adieu à Hallot et à Fernand. - Cellule 51.

L'Allemand remet également une écharpe que portait François lors de son arrestation, cette écharpe a été perforée par quatre balles tirées presqu'à bout portant comme l'attestent les brûlures.

De nouvelles questions sont posées et l'Allemand répond :

"J'ai accompagné votre frère au poteau d'exécution, il a demandé à mourir en soldat sans avoir les yeux bandés.

Il a crié : "Je vais montrer comment un espion belge sait mourir".

Il est mort sans une larme, sans un soupir, avec beaucoup de fierté, en héros (sic)".

C'est enfin la visite de l'aumônier, celui-ci, hélas, ne parle pas français, il n'en connaît que quelques mots se rapportant à la religion. Néanmoins, les frères MALMEDY obtiennent confirmation de ce qu'ils ont appris sur les derniers instants de leur frère. François est bien mort en HEROS et très pieusement. Après s'être confessé (au moyen d'un questionnaire français-allemand), il a prié longuement, puis il s'est endormi comme un loir et l'aumônier a dû l'éveiller, à l'aube, pour célébrer la messe.

"Votre frère m'a dit qu'il allait retrouver sa maman au Ciel, il ne m'a pas touché un seul mot des motifs ayant entrainé son exécution, il n'a exprimé nul regret, nulle plainte.

Au poteau d'exécution, sa main tenait la photo de votre maman, ses yeux regardaient le Crucifix que je tenais levé et votre frère voyait déjà le Ciel avant d'être atteint par les balles".

Le lendemain, 17 juillet, parvenait une lettre rédigée par François en date du 1er juillet, mais postée après son exécution. En voici quelques extraits :

"Jusqu'à présent, je n'ai pas encore reçu de vos nouvelles mais, maintenant, j'espère bien en avoir. Ne vous effrayez pas : j'ai passé avant-hier le tribunal qui m'a donné la plus forte peine. Toutefois, je ne perds pas confiance, car j'ai demandé un recours en grâce. Si j'étais à votre place, je ne dirais rien aux femmes, elles vont s'alarmer et on verra bien la suite. J'espère qu'on me laissera au moins passer cette lettre, car il y a trois semaines que je n'ai plus écrit. Quant aux blessures que j'ai reçues, je suis à peu près guéri, j'ai quitté l'hôpital et suis maintenant en cellule. Enfin, jusqu'à présent, j'ai tout supporté sans trop de difficultés ; j'ai beaucoup prié et cela m'a fait énormément de bien. Je termine ma lettre en vous priant de ne pas trop rester avant de venir me rendre visite".

Il ne nous est pas permis, car la guerre continue, de divulguer toute l'histoire de François MALMEDY, car elle est liée à d'autres vies, nous nous contenterons de tirer quelques conclusions.

Toujours, il a vu l'Allemand tel qu'on doit le voir, toujours et de toutes ses forces, il a combattu collaborateurs, traitres et ennemis. Dans tous les domaines, il a montré le plus pur, le plus désintéressé patriotisme, sa mort est un exemple.

Quant aux Allemands, ils ont fait montre, une fois de plus, de toute la cruauté, de toute la lâcheté qu'on leur connaît.

En effet, ils ont jugé, condamné et exécuté François MALMEDY alors qu'il n'était pas guéri, ils l'autorisaient à écrire et ils retenaient ses lettres, ils lui ont refusé colis et visites, ils lui ont refusé un prêtre belge et lui ont adjoint un aumônier allemand ne parlant pas français, ils n'ont pas rems les lettres d'adieu et n'ont pas fait connaître le lieu d'inhumation.

Aujourd'hui, après plus de deux ans et malgré toutes les démarches faites dans l'entretemps, le secret est toujours inviolé.

A quand le règlement des comptes ?

Texte daté du 15-12-1942.

Source : Echos de Comblain, juillet 2007, p. 54 et 55

               Echos de Comblain, octobre 2006, p. 77 et 78.

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