Lettre d'un condamné à mort.

Texte de la dernière lettre écrite par Raymond Remy à son épouse.

Informations

Texte de la dernière lettre écrite par Raymond Remy, de Léglise, à son épouse Irène Mohy, la veille d'être fusillé à la Citadelle de liège le 21 avril 1944.  Ils furent arrêtés ensemble à la gare d'Arlon. Après son incarcération dans cette localité, Raymond fut conduit dans la Cité Ardente où il fut exécuté; Irène, qui connut la déportation dans plusieurs camps, fut libérée en Tchécoslovaquie. Pendant 36 ans, elle habita rue de la Carrière en face du Cercle des Familles de Comblain-au-Pont et y est décédée le 1er février 1988.

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Citadelle de Liège, ce jeudi 20 avril à 17h30.

Ma chère petite femme adorée,

C'est pour la dernière fois que je vais m'entretenir avec toi ; le conseil de guerre allemand vient de confirmer la peine qui avait été encourue à Arlon. C'est sans fléchir que j'accepte le verdict. Sois courageuse, très courageuse, car ce sera dur pour toi ; pour moi : c'est 3 minutes très dures.

J'ai fait déposer au greffe du tribunal d'Arlon un testament par un de mes camarades de cellule d'Arlon appelé Louis Ska, de Ethe, il est signé par celui-ci et par Willy Bozet, de Neufchâteau ; ils sont tous deux au courant de mes dernières volontés, tout est bien spécifié dans le testament. Ils se chargeront aussitôt qu'ils le pourront de mettre tout au point.

Maintenant, ma chère petite Irène, je vais te faire mes adieux ; si je t'ai fait de la peine le peu d'années que j'ai vécu à tes côtés, pardonne-le moi, car tu le sais bien : j'étais assez vif, mais je crois que tu n'as pas eu à te plaindre de moi ; si je t'ai amené maintenant à subir ce dur moment, pardonne-le moi également, pardonne également à ma place à tous ceux à qui j'ai pu faire du tort ; tâche de bien t'arranger  avec Germaine et Victor de Bruxelles à qui j'écris également pour la dernière fois ; j'écris également à Rancimont ainsi qu'à papa et maman de Behême.

Ma chère petite Irène, je sais que tu es jeune encore ; tu dois refaire un foyer, tâche de reprendre un mari qui t'aimera comme je t'ai toujours aimée ; néanmoins, n'abandonne pas ma tombe, après les événements ; j'aimerais que mon corps soit ramené à Léglise auprès de celui de ma soeur Lily et placé dans notre concession ; entretiens toujours bien la tombe comme tu l'as fait jusqu'à maintenant pour notre soeur Lily, près de qui je vais aller pour prier pour vous autres tous ; j'ai fait mes Pâques à Arlon et je passe la nuit en compagnie de l'aumônier militaire allemand à qui je remets ma bague et mes livres de messe qui m'ont été remis à la prison d'Arlon et de Liège ; mon chapelet, je le conserve, car je le tiendrai en main ainsi que ta photographie.

Maintenant, ma petite Irène, je t'embrasse pour la dernière fois ; sois bien courageuse ; quand tu liras cette lettre, je ne serai déjà plus ; je vais être fusillé, à la Citadelle de Liège demain à 6h15 du matin ; je suis tout prêt, crois-le bien ; j'ai beaucoup prié et j'ai toujours confiance en N.-D. de Lourdes ; quand je serai là-haut, je prierai pour toi.

Sur mon testament, je demande qu'un trentain de messes soit dit à Léglise pour le repos de mon âme. Ma chère petite Irène, la place me manque pour m'allonger ; encore une fois pardon, bon courage et adieu. Je prierai beaucoup pour toi, ainsi que pour ma soeur Lily que je vais aller retrouver dans quelques heures. Adieu ! Je t'embrasse bien fort pour la dernière fois, bon courage, "Adieu". 

Raymond Remy.

De mon amie Irène, j'ai reçu la photo de son mari attaché au poteau, les yeux bandés, avec trois autres résistants dont une femme. En face de lui, le peloton d'exécution composé de 20 soldats allemands en arme et du commandant qui devra déclencher la salve. Cette photo a été prise à la demande de Raymond à l'aumônier allemand qui l'a assisté la dernière nuit.

Source : Transmis par N.D., paru dans "Les Echos de Comblain" en mai 1991.

Géolocalisation
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