Les services secrets à Comblain-au-Pont.
Récit de la création des services secrets et de la résistance à Comblain
Le 15 juin 1942 fut fondé à Mont-Comblain, pour mener la lutte clandestine contre l'ennemi, un important réseau de renseignements et d'actions qui fut dénommé "Bayard" ou "B.B." (brise et bottes). Une des sections, service d'émission et de parachutage s'intitula "Les Mouettes blanches".
Le fondateur de ce réseau fut Emmanuel Jooris, né à Ixelles le 18 mai 1914. Fin 1940, il gagna l'Angleterre et fut parachuté chez nous le 24 mai 1942. Le service qu'il fonda prit rapidement une grande extension en Belgique et dans le nord de la France. Il était évidemment parenté avec Londres...
Emmanuel Jooris séjourna à Comblain-au-Pont de juillet 1942 à août 1943.
Il fut arrêté à Bruxelles le 3 septembre 1943. Interrogé et torturé, il ne parla jamais. Il passa pas les camps de Gross-Strehlitz, de Gross-Rosen et de Dora-Nordhausen où il mourut le 20 mars 1945 sous le nom d'Emmanuel Vincent.
Son frère Pierre, parachuté le 24 août 1942, fut arrêté le 6 janvier 1943. Après avoir été incarcéré à Loos et à Arras, il fut fusillé à la citadelle de cette dernière ville le 5 novembre 1943 sous le nom de Jacques Luncq.
Voici les noms des trois autres héros du service "Bayard - La Mouette blanche" :
Magnée Armand, né à Géromont-Comblain le 21 avril 1912, il parcourut inlassablement les provinces de Liège, de Namur, de Hainaut et de Brabant. Arrêté à Charleroi le 22 février 1944 alors qu'il était en service commandé, il fut incarcéré dans cette ville puis transféré à la prison de Saint-Léonard (Liège) puis à la Citadelle de Liège, au sinistre bloc 24. Il quitta la Belgique le 19 août 1944 et décéda au camp de concentration de Ganacker (Allemagne) le 22 mars 1945.
Malmedy François, né à Oneux-Comblain le 11 août 1917. Combattant de 40, agent des "services de renseignements et actions" et du service de renseignement "Zéro". Il fut arrêté en mission le 2 mai 1942 et interné à la prison de Saint-Gilles (Bruxelles). Condamné deux fois à mort, il fut fusillé au Tir National à Bruxelles le 9 juillet 1942.
Dubuisson Auguste, co-fondateur du service Bayard, fut parachuté le 24 août 1942. Arrêté en service commandé le 23 novembre 1942, il fut emprisonné au fort de Breendonck, fusillé au Tir National à Bruxelles le 22 juin 1943.
On pourrait se demander pourquoi les agents secrets venus d'Angleterre avaient choisi Comblain pour placer les jalons de ce que sera l'un des principaux réseaux de renseignements alliés.
D'après les "Mémoires de Guerre" d'Antoine Jooris, major A.R.A. et co-fondateur du réseau Bayard, il apparait que l'agent parachutiste Joseph Romainville aurait été mis en contact avec le docteur Henon par M. Clément Colette de Liège avec qui le docteur était en rapport pour s'occuper des lignes d'évasion de prisonniers de guerre (évadés d'Allemagne) et d'aviateurs abattus.
Cette explication, si elle répond partiellement à la question, en engendre automatiquement une deuxième : quel était dès lors le facteur commun qui rapprocha le docteur Henon et Clément Colette, celui-ci, né à Tihange, était domicilié à Liège ?
En ce début de guerre, faire de la résistance entrait dans le domaine du plus haut secret. Seuls la proche famille et parfois des amis très sûrs étaient au courant des activités anti-allemandes.
Néanmoins, ii est certain, d'une part, que déjà dans le courant du premier semestre 1941, le docteur Henon, le curé Peeters et d'autres Comblennois, étaient membres d'une section locale de résistance dépendant probablement de l'A.L. (Armée de Libération) et que, d'autre part, une chaîne d'évasion passait par notre village.
L'abbé Joseph Peeters, notre curé de l'époque, en était apparemment le principal maillon. Les fugitifs étaient dirigés, via Jemelle, vers Virton et Bertrix où ils étaient pris en charge par des "passeurs" qui les convoyaient jusqu'en Suisse. Le contact liégeois de l'abbé Peeters était Mme Marie Vidick-Poncelet, chef du secteur de réseau de renseignements Beaver-Baton.
Pour comprendre l'implantation de la première partie du réseau de renseignements BB-Bayard dans notre village, reportons-nous fin décembre 1940, époque où trois des quatre frères Jooris de Bruxelles, Emmanuel, Pierre et Antoine, s'évadent de Belgique pour rejoindre l'Angleterre et les armées alliées.
Un mois plus tard, le 6 février, pour le même motif, partent de Liège Auguste Dubuisson et son camarade Joseph Romainville.
Après bien des avatars, les trois frères et les deux Liégeois vont se rencontrer en Afrique du Nord où ils vivront des aventures communes, camp de travail, prison, expulsions, etc. A cette époque, l'Afrique française était toujours aux ordres de Vichy.
Début décembre 1941, une partie du groupe, soit Joseph Romainville, Emmanuel et Pierre Jooris, quittent Alger et après un passage à Gibraltar et Lisbonne, arrivent à Londres en janvier 1942, tandis qu'au même moment, Antoine Jooris et auguste Dubuisson quittent seulement l'Afrique pour rejoindre l'Angleterre à leur tour.
A l'escale de Gibraltar, peu avant le départ du navire polonais, le "Sobieski", qui les conduit en Grande-Bretagne, arrive un autre évadé, l'avocat Nicolas Monami, bourgmestre de Bassenge, résistant notoire, qui a abandonné ses fonctions pour mieux combattre l'ennemi.
Celui-ci arrive de Belgique et à la demande d'Antoine Delfosse, chef de l'A.L., se rend en Angleterre pour prendre contact avec le gouvernement belge en exil.
Pendant le voyage, les trois hommes lient connaissance, des affinités et un état d'esprit commun engendrent une sympathie réciproque.
En mars 1942, lorsqu'ils arrivent en Grande-Bretagne, les trois évadés retrouvent l'équipe de frères et d'amis qui les ont précédés et, comme eux, orientés et conseillés par les agents de l'Intelligence Service, se portent volontaires pour les missions spéciales.
Auguste Dubuisson, Emmanuel Jooris, Nicolas Monami et Joseph Romainville suivent ensemble l'entrainement de parachutistes, tandis que Pierre et Antoine Jooris, pour des raisons médicales, suivent le même entrainement un peu plus tard avec un autre "stick-groupe".
Après avoir pris contact avec les responsables du Gouvernement belge à Londres, Nicolas Monami reçoit une instruction écourtée d'agent secret, et deux mois et demi à peine après son arrivée en Grande-Bretagne, il est déclaré opérationnel pour rentrer en Belgique occupée. Il avait en effet, dès son arrivée en Angleterre, émis le souhait de retourner en Belgique le plus tôt possible.
Toutefois, il est sollicité par les Anglais pour prendre en mains la direction du réseau "Beaver", dont le chef Vladimir Vandamme s'est fait arrêter en février 1942.
Patriote ardent, il accepte immédiatement la mission et reçoit comme nom de guerre l'indicatif "Baton". C'est pourquoi le service s'intitulera dorénavant "Beaver-Baton".
De commun accord avec les Britanniques, le nouveau chef choisit Emmanuel Jooris comme opérateur radio. Les deux hommes sont parachutés dans la nuit du 23 au 24 mai 1942 aux environs de Chimay. "Baton", alias Nicolas Monami, reprend contact avec les dirigeants de l'A.L. pour leur transmettre des directives et leur remettre des fonds. Dans les jours qui suivent, il déploie une activité fructueuse pour la reprise en mains et le développement du réseau "Beaver-Baton".
Il est prouvé qu'au cours de ses pérégrinations en Ourthe-Amblève, il fut hébergé plusieurs nuits chez Emile Wuidart à Rouvreux, où il a probablement rencontré le curé Peeters qui était l'un des habitués de la ferme Wuidart.
De toute façon, les deux hommes se sont rencontrés dans notre région parce que, d'une part, le nouveau chef de réseau est l'un des responsables de l'Armée de Libération et que l'abbé Peeters est le fondateur du secteur Ourthe-Amblève dans le même groupement et, d'autre part, n'oublions pas que Nicolas Monami est originaire de Bassenge et que, dans sa jeunesse, il a obligatoirement dû rencontrer Joseph Peeters, le fougueux vicaire d'Othée, étant donné que tous deux s'occupaient de l'Association catholique de la jeunesse belge pour le doyenné de Villers-l'Evêque. Il est donc normal que le curé et, à travers lui, ses amis comblennois aient été sollicités et intégrés au nouveau réseau.
Malheureusement, l'arrestation d'un membre du service (un Bruxellois peu bavard) va déclencher une vague d'arrestations. Le 23 juin 1942, Monami est appréhendé, le surlendemain, son radio, Emmanuel Jooris, échappe de peu à la capture. Son agent de protection, le policier bruxellois Paul Roselare, venu le prévenir de la vague d'arrestations, est abattu et capturé par la Gestapo au moment où, sortant de la boulangerie, il tentait de s'enfuir.
Immédiatement, l'agent parachutiste qui, de loin, a vu la scène, s'éloigne rapidement du quartier. Désemparé, il descend vers la gare du midi. Chemin faisant, par une chance inouïe, il rencontre son frère Christian à qui il raconte les événements qu'il vient de vivre, Christian l'emmène chez lui à Wingene, près d'Anvers.
Souffrant de calculs aux reins, Emmanuel, grâce à son frère, est admis dans une clinique de Bruges pour y subir une intervention chirurgicale. Après quelques jours de convalescence, il rentre à Bruxelles où il rencontre son ami d'aventure africaine, Joseph Romainville. Parachuté pour le service Luc, celui-ci avait pris contact avec une extrême prudence comme le lui avaient recommandé les officiers du M.I. 6. Heureusement pour lui car le contre-espionnage allemand avait "pénétré" le service et il avait ainsi, lui aussi, échappé de peu à la capture.
Les deux agents sont donc désorientés.
Après avoir pris connaissance de leurs aventures respectives, ils décident, avec l'aval de Londres, de fonder un nouveau réseau de renseignements qui s'intitulera "Brise et Botte", comme leurs noms de guerre.
En analysant les événements, on peut supposer que deux agents secrets, sans contacts sur le terrain, ou du moins "brûlés" dans leur propre réseau, fassent ensemble le bilan de leurs connaissances.
Donc en toute logique, Romainville apprend (ou se voit confirmer) l'existence du groupe de Comblain parce qu'il est normal, en effet, qu'Emmanuel Jooris, adjoint radio de Nicolas Monami, soit au courant des contacts que son chef a eus en Ourthe-Amblève.
Quelques jours plus tard, Joseph Romainville se déplace vers Liège dans le but de rendre visite à la femme et aux beaux-parents d'Auguste Dubuisson pour leur annoncer la rentrée prochaine de son camarade d'évasion en territoire occupé. Or le beau-père de Dubuisson n'est autre que Clément Colette dont nous avons parlé plus avant. Mis au courant des futures activités de son beau-fils, M. Colette laisse sous-entendre à Romainville qu'il réservera son aide au service de son gendre. Très prudent de nature, d'autant plus qu'il vient de passer à travers les mailles du filet tendu par les polices allemandes, Romainville a probablement demandé à Clément Colette de prendre contact, à Comblain, avec le curé Peeters et le docteur Henon.
C'est ainsi que dans le courant du mois de juillet 1942, l'agent parachutiste Joseph Romainville (Botte) se présente à Comblain, notamment chez le docteur Henon.
Après avoir écouté les explications de Joseph Romainville concernant la série d'arrestations effectuées par la G.F.P. et l'Abwehrstelle au sein des différents groupements d'espionnage existant en Belgique occupée, et bien compris la demande des deux agents, visant à obtenir une aide pour la mise sur pied d'un nouveau service, le docteur Henon, probablement de connivence avec le curé Peeters, accepte sur le champ, non seulement de s'investir dans ce nouveau travail, mais aussi d'y impliquer d'autres personnes, notamment ses amis du Comité des anciens Combattants de 1940.
Possédant indéniablement le profil d'un chef, le docteur organise immédiatement la réception et l'hébergement des deux parachutistes. Quelques jours plus tard, arrivent à Comblain pour y prendre leurs quartiers, cousin Jacques, alias Joseph Romainville et cousin Marcel, alias Emmanuel Jooris.
Le lendemain 15 juillet 1942, la première liaison radio du nouveau service avec l'Angleterre fut lancée sur les ondes par Joseph Romainville à partir de la carrière Henon située à Géromont. A cette époque, les postes nécessitaient toujours un raccordement au réseau d'électricité et les carrières s'adaptaient bien à cette obligation.
Dans un premier temps, le matériel radio fut caché dans le presbytère et ce fut le cas jusqu'à l'arrestation du curé Peeters le 1er décembre 1942.
Ce jour-là, dans une ambiance de sauve-qui-peut, le poste "Paraset" (1) fut transporté dans une valise par Emmanuel Jooris qui, à vélo, s'éloigna le plus possible de Comblain. En traversant le village d'Anthisnes, l'agent secret avisa la nouvelle bâtisse du dentiste Giltay et, par simple intuition, sonna à la porte de celui-ci pour lui demander s'il ne pourrait pas entreposer da valise pendant quelques jours. Par chance, le clandestin était tombé on ne peut mieux, car le praticien était lui aussi bien impliqué dans la résistance et les services secrets. (M. Giltay était chef de la section locale de l'A.S. et agent du service Zéro).
Un peu plus tard, lorsque le calme revint, le poste fut ramené à Géromont car, en effet, dans ce hameau, habitait l'un des adjoints les plus actifs du docteur. Celui-ci l'avait effectivement trouvé en la personne d'Armand Magnée, ancien C.S.O.R. du 3e régiment d'artillerie et trésorier des Combattants de 1940. Dès ce moment, le poste, sous la protection d'Armand, fut caché dans un hangar à foin éloigné de la route et situé dans les prairies où se trouve l'actuelle cité de Nolupré.
Lorsqu'il fallait amener le poste sur le site des carrières, c'était souvent Emile Magnée, papa d'Armand, qui le transportait dans une brouette chargée de foin.
A chaque émission, tout un système de protection était mis en place. Des hommes de guet devaient prévenir de l'arrivé de tout intru, tandis que d'autres résistants assuraient la garde rapprochée.
Dès la fin juillet 1942, le réseau va étendre ses ramifications à travers les provinces de Liège et de Luxembourg. Des Comblennois munis d'Ausweis (libre parcours) comme l'agent S.N.C.B. Edgard Fasceaux, ou le représentant de commerce Emile Pirotton, acheminent vers Comblain les données récoltées par des agents établis dans les deux provinces. Certains chefs de gare, notamment, seront des informateurs de choix. Ensuite les renseignements sont transmis par radio en Angleterre où ils sont analysés.
Plus tard, lorsque les recherches goniométriques du Funkabwehr (contre-espionnage radio) s'intensifièrent et que, d'autre part, suite au développement du réseau, les données récoltées augmentèrent, des courriers acheminèrent vers Bruxelles, les renseignements recueillis, où ils étaient microfilmés et transportés par d'autres convoyeurs vers le P.C.C. (Poste central du courrier) établi en France qui, à son tour, se chargeait de les faire parvenir en Angleterre, soit par avion Lysander, soit par courrier via l'Espagne ou le Portugal.
Les principaux courriers vers Bruxelles furent d'abord Armand Magnée et ensuite le gendarme maquisard Fernand Laloux, qui circulait habillé en facteur des postes sous la fausse identité de Willy Beaufays de Remouchamps.
Ainsi que Joseph Romainville l'a annoncé aux beaux-parents et à l'épouse d'Auguste Dubuisson, à qui les Anglais avaient donné le diminutif de "Bruin", celui-ci est parachuté à 25 km de Charleville dans la nuit du 24 au 25 août 1942. Il est accompagné de l'agent "Barck" alias Antoine Jooris, docteur en droit de Bruxelles et frère d'Emmanuel. Les deux hommes ont pour mission de créer un nouveau réseau de recherches de renseignements militaires.
Au moment où le vieux "Whitley", emportant les deux agents secrets, quitte la piste d'envol de l'aérodrome clandestin situé dans la campagne anglaise, un autre bombardier noir décolle à son tour. Il transporte à son bord une deuxième équipe d'agents opérationnels qu'il doit larguer aux environs de Hirson, dans le nord de la France également.
Suite à une erreur du commandant de la base aérienne anglaise, cette équipe fut parachutée aux environs de Stenay, pratiquement dans la même région que Dubuisson et Jooris, ce qui était une grave erreur. L'officier sera puni et muté.
Ce second groupe se compose de l'agent "Beagle", Albert Toussaint, qui va mettre sur pied, au profit de la Royal Air Force, un service météorologique clandestin dont les bulletins sont retransmis en Angleterre jusqu'à sept fois par jour.
Le deuxième homme s'appelle "Busker", Augustin Roblain. Dans le civil, ce Liégeois de 39 ans est liquoriste indépendant et père de famille nombreuse. Ancien pilote militaire, il rejoint l'Angleterre dans l'espoir de combattre pour la R.A.F. mais, refusé vu son âge, il s'engage dans les services spéciaux. Désigné comme radio pour le service Zéro, il aura en outre dans les temps qui vont suivre plusieurs fois l'occasion de dépanner le service B.B.-Bayard pour des émissions clandestines vers le Royaume-Uni.
Le troisième parachutiste n'est autre que Pierre Jooris, frère ainé d'Emmanuel et d'Antoine.
Ayant comme ses frères rejoint les Forces belges de Grande-Bretagne pour servir, le jeune avocat est parachuté avec l'ordre de se mettre à la disposition de notre compatriote, l'agent parachutiste Gérard Kaisin, chef de Zéro-France.
Les retrouvailles en Belgique occupée, d'Emmanuel et 'd'Antoine Jooris avec les Liégeois Auguste Dubuisson et Joseph Romainville, eurent lieu à Tilff vers le début de septembre 1942.
Les trois frères Jooris, quant à eux, se retrouvèrent pour une ultime réunion de famille chez M. et Mme Paul et Gaby Henon à Martinrive en décembre 1942.
Par contre, la rencontre fortuite d'Antoine Jooris, accompagné du docteur Henon et d'Armand Magnée, et peut-être d'Adolphe Léonard, avec l'agent Augustin Roblain, eut lieu sur un train de ligne de l'Ourthe entre Bomal et Hamoir.
En effet, après avoir travaillé assez longtemps dans la région de Vaux-les-Rosières au sud de Bastogne, "Tintin", puisque c'est ainsi que ses amis des services secrets appellent familièrement l'agent Busker, a été obligé de changer d'air pour échapper aux recherches du contre-espionnage allemand lancé à sa poursuite, et est venu s'installer dans un petit chalet situé sur les hauteurs du village de Sy.
Il était naturellement impossible aux deux agents de se livrer à des épanchements et à des confidences dans le train et en fait, ils se retrouvèrent à Hamoir loin des regards indiscrets et en la seule présence du docteur Henon.
Heureux de se retrouver, les deux parachutistes se promirent une aide mutuelle. Grâce à cette entrevue, Tintin put bénéficier des contacts du docteur Henon et ainsi trouver dans notre région, notamment à Anthisnes, où des émissions eurent lieu à partir du clocher de l'église, ainsi qu'à la ferme Bonhomme à Sart-Poulseur, des patriotes qui lui fournirent une aide appréciable. Il est à noter que le capitaine S.R.A. Augustin Roblain est le recordman des émissions radio clandestines. Il a émis environs 800 fois et capté plus de 200 messages venant d'Angleterre.
Fin novembre 1942, tandis que les auditeurs apprennent le sabordage des 75 bâtiments de la marine de guerre française ancrés en rade de la base navale de Toulon, les Comblennois du groupe BB et leurs "Anglais" reçoivent une très mauvaise nouvelle: Antoine Jooris leur annonce que leur ami et compagnon d'évasion Auguste Dubuisson a été capturé à Héron (près de Huy) dans la matinée du 23, alors qu'il était en pleine émission de radio vers l'Angleterre.
Quelques jours plus tard, dans l'après-midi du mardi 1er décembre, un nouveau coup s'abat sur le réseau : le curé Peeters, l'un des membres les plus actifs du service, tombe dans guet-apens tendu par la Geheime Feldpolizei à l'hôtel du "Belvédère" à Remouchamps. Il est arrêté en compagnie de Jean Delville, employé communal à Liège, et du prisonnier de guerre évadé, le Polonais Thaddeusz Cienhanowski, lequel porte de faux papiers d'identité établis au nom de l'abbé Gadenas. Au moment de leur arrestation, ils étaient tous trois en possession d'armes.
On pourrait penser que, malgré les conseils et les recommandations de ses amis comblennois, notre curé s'est laissé piéger par la police ennemie. En fait, c'est Jean Delville qui a été dupé par un agent du contre-espionnage allemand. Quelques jours auparavant, en compagnie du Polonais et grâce aux relations d'une connaissance, il a rencontré un espion de l'Intelligence Service britannique (en réalité un agent de l'Abwehrstelle), spécialisé dans le démantèlement des services de renseignements anglais). Très subtil, celui-ci a répondu à toutes les questions que Delville lui a posées. Il connait tout, même les réseaux ayant connu d'importants revers et pour cause ...
Afin de pénétrer le secteur Ourthe-Amblève du réseau Beaver-Baton pour lui porter un coup décisif, l'individu, pour appâter Delville, lui certifie qu'il peut lui procurer des armes. "Pour cela, lui dit-il, il me suffit de demander en Angleterre que l'on organise un parachutage".
Quand le résistant lui signale que son chef héberge un radio anglais, le policier ennemi, sans manifester le moindre trouble, répond du tac au tac : "Eh bien voilà, qu'il demande par radio des renseignements à mon sujet en Angleterre".
Cette proposition bien qu'irréalisable, renforce la conviction de Delville. Pour lui, son interlocuteur est bel et bien un important agent britannique. Convaincus, les deux clandestins rentrent à Comblain et affirment au curé qu'ils tiennent là le moyen de vraiment participer à la guerre.
Le curé Peeters, qui pourtant est bien imbriqué dans les Services Secrets, est aussi en Ourthe-Amblève, le fondateur de l'armée de la libération, groupement qui s'occupe de résistance armée. En fait, pour l'ancien combattant de 1914 (amateur d'armes de surcroît), il n'y a qu'une solution pour bouter l'envahisseur hors de notre pays et terminer la guerre au plus vite, c'est la lutte armée. Cette façon de voir les choses est, bien entendu, assez paradoxale pour un prêtre, mais n'oublions pas qu'il s'agit d'un homme d'exception. Bien qu'il éprouve une certaine appréhension, le curé se laisse convaincre et accepte l'entrevue avec le soi-disant espion anglais. Malgré les précautions prises par le groupe, cette aventure, comme on le sait, tourna mal, avec les conséquences que l'on connait.
L'Abwehrstelle, quant à elle, put épingler à son palmarès l'anéantissement d'une partie du réseau Beaver-Baton.
Le 6 janvier, comme pour respecter l'adage "jamais deux sans trois", une nouvelle arrestation vient augmenter le désarroi des dirigeants des réseaux "Brise et Botte" et "Bayard".
Pierre Jooris, l'agent "Bijou" pour les Anglais, est arrêté à Arras en France, sous la fausse identité de Jacques Luncq. Pour ses deux frères, Emmanuel et Antoine, responsables de réseaux, c'est une pénible nouvelle et par la force des choses, cette série d'événements va ralentir momentanément l'activité des services.
Toutes ces arrestations ont profondément marqué les membres dirigeants du réseau "Brise et Botte". Depuis la capture de son camarade de combat, Auguste Dubuisson (lequel a été incarcéré sous la fausse identité de Georges Lagrange, représentant général des pneus Englebert à Alger, soi-disant mobilisé dans les Forces belges de Grande-Bretagne et parachuté comme officier radio), l'agent "Botte", Joseph Romainville, méthodique et prudent de nature, est inquiet. Il se sent pris au piège et réalise qu'il ne peut plus travailler dans ces conditions. Après quelques temps, il décide donc, avec l'accord de son équipier, l'agent "Brise", Emmanuel Jooris, de retourner en Angleterre, il y arrivera le 15 novembre 1943.
Contrairement aux dires de certains, il sera parachuté pour une nouvelle opération le 1er avril 1944 et il mettra sur pied un nouveau service de renseignements et d'actions qui s'intitulera S.B.S.
Après le départ de Romainville, Emmanuel et Antoine Jooris décident de mettre sur pied un système qui, en cas de besoin, par exemple l'arrestation de l'un d'eux, permettrait à celui qui subsisterait de continuer la mission de l'absent en reprenant la direction du service décapité. Pour ce faire, et afin de respecter l'autonomie des réseaux, ils conviennent d'inscrire isolément les directives nécessaires à la reprise en main des services, à l'aide toutefois d'un code établi en commun. Pour réaliser leur objectif, ils choisissent chacun deux ou trois livres parmi les 150 volumes reliés des "Pandectes belges" d'Edmond Picard, classés dans la bibliothèque de l'avocat Deleval, dont l'étude situé au 84, avenue de la Toison d'Or à Bruxelles, a été louée par leur beau-frère, l'avocat Anatole de Grange de Surgères, et d'inscrire au crayon, dans la marge des pages déterminées, des données qu'eux seul pourront déchiffrer.
Vers la moitié du premier semestre de 1943, le service "Brise et Botte" a déjà étendu ses ramifications dans toute la Belgique. Des secteurs ont été créés notamment à Gand, Mouscron et Bruxelles. Ce dernier, intitulé secteur Banco, est dirigé par Marcel Van Crombrugge. La région Liège-Luxembourg, quant à elle, est placée sous les ordres du docteur Henon. Le secteur d'Anvers est placé sous la responsabilité du Liégeois Gérard Debaets.
Parallèlement, le réseau Bayard s'étend dans les régions de Namur et Huy-Waremme. Déjà à cette époque, quoique toujours autonomes, les réseaux utilisent la même filière (qui passe par Mouscron) pour envoyer leur courrier vers l'Angleterre. Ce que l'on appelle le courrier est en fait l'envoi de renseignements recueillis au cours d'une semaine. On y trouve, par exemple, des plans d'usines, d'armes, des documents volés à l'ennemi, ou tout simplement une floppée d'observations de toutes sortes, récoltés par les agents auxiliaires. Celles-ci devaient être dactylographiées ou remises au net, puis photographiées au format 24/36 afin d'en réduire le volume et le poids.
Les missives mettaient approximativement 18 jours pour arriver à bon port. Leur réception était confirmée par les Anglais au moyen de messages codés diffusés sur les antennes de la B.B.C.
Pour les réseaux "Brise et Botte", un photographe de Bruxelles, un certain Campion, installé avenue du Luxembourg, réalisait ce dangereux travail.
L'extension des réseaux "Brise et Botte" et "Bayard" obligèrent les deux frères Jooris à circuler de plus en plus. Il était pourtant impératif pour eux de maintenir le contact avec Londres, ne fut-ce que pour les messages urgents.
Ils assurèrent les émissions radio hebdomadaires à partir de Comblain d'une façon alternative et, dès cette période, ils réclamèrent aux dirigeants des services secrets d'Angleterre l'envoi d'opérateurs radio.
Avec le temps, la crainte et l'amertume engendrées par les arrestations s'estompent. Toutefois, l'exécution par fusillade d'Auguste Dubuisson le 22 juin et du curé Peeters le 31 août 1943, renforce chez leurs amis le désir de vengeance et le mépris envers l'occupant et ses sbires, ce qui, immanquablement, décuple l'activité du service.
Le vendredi 3 septembre vers 9h du matin, Emmanuel Jooris qui, à cette époque, se trouve à Bruxelles, a rendez-vous dans un café du boulevard Lemonnier avec deux de ses agents : Sidney Webb, anglais (coiffeur de son état), résidant en Belgique, et responsable de la branche gantoise de son réseau. Emmanuel arrive le premier, suivi de peu par le Britannique. Ils sont à peine attablés que, venant on ne sait d'où, les agents de la Gestapo, accompagnés de Feldgendarmes, entrent subitement dans l'établissement et bloquent toutes les issues. Sans même subir de contrôle d'identité, les deux résistants surpris sont arrêtés, menottés et embarqués vers le siège de la Geheime Staatspolizei, situé rue Traversière. Visiblement, ils ont été trahis.
Dans l'antre de la Gestapo, les deux captifs sont battus et torturés. Malgré le supplice du carcan, l'agent "Brise", Emmanuel Jooris n'avoue rien. Pour protéger sa famille et ses amis, il ne livrera même pas son identité. Les nazis ne le connaitront que sous son nom d'emprunt d'Emmanuel Vincent.
Sa famille et ses amis n'apprendront bien plus tard, grâce à Sidney Webb, survivant des camps de la mort, que les deux hommes avaient été arrêtés par la Gestapo de Gand. Le troisième homme attendu au rendez-vous, surveillé depuis tout un temps, avait été capturé peu avant l'entrevue et, probablement sous la torture, avait livré ses camarades.
Après avoir été soumis à la question et incarcérés quelques jours dans les cachots situés dans la cave de la gendarmerie d'Etterbeek, Sidney Webb et Emmanuel Jooris furent transférés à la prison de Gand puis expédiés en Allemagne (le chef du réseau "Brise et Botte" n'eut pas la chance de l'Anglais). Après un séjour à la prison de Gross-Strehlitz, en Haute Silésie, et au camp de Gross-Rosen, il fut évacué dans des conditions pénibles vers le camp d'extermination de Dora-Nordhausen où il trouva la mort vers le 15 mars 1945.
L'arrestation de son cadet fut pour Antoine (le seul des trois frères Jooris encore opérationnel en cette fin d'année 1943) une bien triste nouvelle, d'autant plus qu'il était pratiquement le seul de sa famille à être au courant de la capture de son frère ainé à Arras.
A Comblain aussi, la nouvelle est ressentie avec une profonde tristesse. Non seulement la perte d'un ami et d'un chef estimé, mais ils réalisent également que le cordon ombilical les reliant à l'Angleterre est rompu.
Quelques jours après l'événement de Bruxelles, Antoine Jooris, aux abois, demande par l'intermédiaire du docteur Henon, à l'agent Busker (Auguste Roblain), résidant toujours incognito dans la région de Sy, de prévenir Londres de l'arrestation de son frère, l'agent de renseignement "Brise".
Le lendemain du message laconique de "tintin", les Services Secrets demandent par radio à Antoine si, étant donné les circonstances, il ne désire pas rentrer en Angleterre. Toujours par l'intermédiaire de Roblain, celui-ci répond qu'il souhaite continuer le "travail" pour lequel lui et ses frères se sont engagés.
Avec l'accord des Anglais, le chef du réseau Bayard se remet progressivement à la tâche.
Pour la reprise en main du service décapité, le secteur de Comblain ne lui pose aucun problème bien entendu, car il connait pratiquement tout le monde. Pour les autres régions, il en va tout autrement mais, grâce aux notes laissées par Emmanuel dans la bibliothèque du cabinet d'avocat bruxellois, il va, petit à petit, retisser la toile le reliant aux différents secteurs du réseau "Brise et Botte".
Début novembre 1943, la fusion des deux services sera effective. Désormais, il n'y aura plus qu'un seul indicatif, soit B.B-Bayard.
Il est probable que si, au moment de l'arrestation d'Emmanuel, le docteur avait eu un opérateur radio à sa disposition, le réseau Brise et Botte serait resté le responsable national. Il est d'ailleurs cité par le professeur Henri Bernard dans son livre "La Résistance 1940-1945" (éditions "notre passé"), comme étant le commandant du réseau B.B., vraisemblablement à partir de l'arrestation d'Emmanuel, jusqu'à la reprise du service par Antoine Jooris.
En touchant le sol, l'agent parachutiste "Nylon" s'est sérieusement blessé à un point tel qu'il a dû être hébergé clandestinement à Géromont, dans une chambre à coucher de la maison des parents d'Armand Magnée.
Sa convalescence durera plusieurs semaines au cours desquelles le docteur Henon viendra régulièrement lui prodiguer des soins. Ce contre-temps va encore perturber les liaisons radiotélégraphiques du réseau avec l'Angleterre. Il semblerait même que l'agent secret ne put rétablir le contact que bien après la fin de sa convalescence, pour peu de temps malheureusement. François Blomme fut arrêté le 17 août 1944, à la sortie de la gare de Dembach en Thuringe et s'en évada le 10 septembre 1944.
Encore une fois, l'incapacité d'émettre oblige les agents de liaison à circuler pour transporter le courrier. C'est ainsi que le 22 février 1944, notre concitoyen l'agent S.R.A. Armand Magnée est capturé à Bruges dans un hôtel. D'après Antoine Jooris, non seulement Armand aurait été en possession de documents compromettants mais il transportait aussi les quartz du poste de radio de François Blomme. Ceci expliquerait d'une part, le retard des liaisons radio de cet agent puisqu'il ne possédait plus de quartz et, d'autre part, le retard des rudes interrogatoires subis par le Géromontois.
Après son arrestation, Armand Magnée fut incarcéré à la prison de Charleroi puis après un passage de quelques mois à la prison de Saint-Léonard à Liège et quelques jours à la Citadelle, il fut expédié en Allemagne le 19 août 1944, au camp de concentration de Ganacker où il trouva la mort le 28 mars 1945.
Début mai, probablement en réponse aux appels du chef de réseau, un renfort arrive en la personne de l'agent Worsted. Cet officier des missions spéciales s'appelle en réalité Marcel Magis et bien que de nationalité belge, il est né à Londres le 17 juillet 1914.
Parachuté dans la nuit du 7 au 8 mai 1944, sur une zone de largage protégée par des hommes du service Zéro (probablement dans la région de Vaux-les-Rosières, où le chef de plaine n'est autre que Busker (Augustin Roblain) Worsted outre son propre matériel apporte aussi des quartz pour la radio de l'agent Nylon.
Marcel Magis a réalisé 57 séances d'émission radio au cours desquelles il envoya 85 messages et en reçut 29. C'est aussi cet agent qui, dans la nuit du 5 août 1944 sur la "dropping zone" de Poulseur, guida au S-phone le lourd bombardier chargé de larguer ses "colis".
Le terrain de parachutage de Poulseur, identifié par les Anglais sous le nom de code "LAC" est connu par les Comblennois du service BB-Bayard comme "li tère â t'chersis" (cerisiers).
Celle-ci est située dans la plaine se trouvant entre la route qui descend de Mont vers Poulseur et le chemin qui, longeant la crête de la vallée, relie la ferme Renaville de Poulseur au Home de Mont.
Cette nuit-là, l'agent Worsted (connu par les membres du réseau BB-Bayard seulement sous le nom de guerre d'André Elias) et les équipes de balisage et de protection de la plaine, réceptionnaient l'agent parachutiste "Crepe", de son vrai nom Etienne Gailly, le héros malheureux du marathon olympique de Londres en 1948. "Crepe" venait renforcer le service BB-Bayard.
Le lieutenant Gailly était accompagné de deux autres parachutistes, les agents "Chinz" et "Lacy", destinés à d'autres réseaux. La manne céleste comprenait aussi quatre conteneurs et une cage avec 6 pigeons.
Avant et après le parachutage, les responsables de l'opération se réunirent dans la maison de M. et Mme Dothée, une petite forge située au lieu-dit "Li cou d'Mèye Mont", tandis que l'équipe de protection se rassemblait dans la ferme du "Trou Botet" chez M. et Mme Leruse.
Apprès l'opération, pendant que Marcel Magis, le docteur Henon et un ou deux hommes accueillaient et briefaient rapidement les agents secrets venus d'Angleterre, d'autres hommes transportaient les conteneurs dans la galerie de conduite d'eau, dont les portes métalliques fermées au cadenas, se trouvent à hauteur du lieu-dit "au petit pont" sur la route de Mont Poulseur.
Bien avant le lever du jour, tandis que les agents "Chintz", Marcel Futvoye et "Lacy", Raymond Thonon, étaient dirigés vers leur réseau respectif, l'agent parachutiste Etienne Gailly était amené à Mont chez M. et Mme Léonard, où il s'installa plus ou moins clandestinement. Depuis l'arrestation de Paul Henon, le 6 juin 1944, c'est à Adolphe Léonard qu'incombait dorénavant l'hébergement du radio clandestin.
Quelques jours plus tard, les conteneurs furent transportés dans la ferme du trou Botet pour y être ouverts. René Leruse, le fermier du lieu, les achemina avec un char rempli de gerbes de paille.
Quelques hommes déguisés en ouvriers agricoles accompagnaient le chargement.
Le terrain de Poulseur avait initialement été reconnu par le capitaine B.E.M. jean Cassart, officier d'artillerie. Celui-ci avait rejoint l'Angleterre où il était passé aux missions spéciales. Il fut parachuté le 3 octobre 1941 à 300 mètres du clocher de l'église de Chevron avec son adjoint, l'opérateur radio Henri Verhaegen. Ces deux hommes avaient des missions bien précises, notamment prendre contact avec de nombreuses personnalités de la Résistance et lancer le sabotage militaire et industriel. Ensuite, l'équipe devait rejoindre l'Angleterre lors d'un opération "pick-up", c'est-à-dire l'atterrissage d'un avion "Lysander" qui devait récupérer les deux agents secrets et s'envoler rapidement.
Les deux parachutistes avaient choisi Poulseur comme terrain d'envol pour leur retour vers l'Angleterre.
Dans son émission radio du 19 novembre 1941, Henri Verhaegen propose la plaine et ses coordonnées. Sans réponse, il renouvelle son message le 27 novembre 1941. Le lendemain ou le surlendemain, les Anglais répondent enfin mais refusent le terrain.
En fait, l'opération de récupération eut lieu à Neufchâteau et tourna court.
Depuis lors, apparemment, la plaine de Poulseur resta en réserve plusieurs années.
Peut-être les Anglais gelèrent-ils la dropping zone à cause de l'événement suivant. En toute logique, on pourrait le supposer.
En effet, une nuit, au début de la guerre, M. Philippe Van Zuylen, le "censier" du Raideux, cherchant à améliorer l'ordinaire et pour cela bravant l'autorité, se trouvait avec son garde-chasse Fernand Deloge, à la lisière des bosquets bordant le premier terrain plat que l'on rencontre sur la gauche en descendant de Mont en direction de Poulseur.
Pour ce faire, ils utilisaient ce que les braconniers appellent un bac à lumière (phare) afin d'aveugler et d'immobiliser les lièvres et les lapins;
Le faisceau de lumière fut repéré par l'un des postes de guet anti-aériens établis sur les hauteurs par les troupes allemandes, ou par un avion de reconnaissance de la luftwaffe.
L'occupant, croyant qu'il s'agissait de manoeuvres destinées à l'atterrissage d'un avion, ordonna de réquisitionner des ouvriers pour faire creuser de longues tranchées barrant plusieurs fois le terrain, ceci afin d'empêcher toute tentative d'atterrissage.
Il est impossible de dire combien de largages d'hommes ou de matériel eurent lieu sur le terrain de Poulseur. Seule une étude approfondie des archives des Squadrons 138 et 161 de la R.A.F. en Angleterre pourrait le déterminer et encore...
Néanmoins, une chose est certaine : la nuit du 2 septembre 1944, Marcel Magis devait organiser une nouvelle réception d'hommes ou de matériel. Parmi les trois agents qui devaient atterrir cette nuit-là dans notre région, deux étaient prévus pour renforcer le réseau BB-Bayard.
A la suite d'une erreur de navigation, le pilote droppa les agents "Drugget", Jean Gazelitz, "Filet", Leens et "Hempen", Freddy Gersay, dans la région de Prayon-Trooz. Les deux agents de Bayard, Jean Gazelitz et Freddy Gersay tombèrent respectivement dans une carrière et dans un bois. Après quelques péripéties, ils furent récupérés par des résistants et cachés dans une galerie souterraine. Apparemment, aucun des deux ne rejoindra Comblain avant la libération.
Quoiqu'il en soit, cette nuit-là, respectant le message annonciateur, tout le dispositif de récupération fut mis en place à Poulseur et les équipes de balisage et de protection ignorant la déviation du bombardier, passèrent dans une vaine attente, une de leurs dernières nuits de veille.
Afin de repérer le terrain de parachutage dans les plus brefs délais, les lourds appareils, dès qu'ils avaient atteint notre région (grâce au plan de vol établi par les navigateurs) survolaient la ligne du chemin de fer en remontant vers le nord. Lorsqu'ils avaient dépasser la confluence de l'Ourthe et de l'Amblève, les pilotes dirigeant leur bombardier dans l'axe du pont ferroviaire de Chanxhe, puis en obliquant légèrement sur la gauche, découvraient immédiatement au-dessus de la colline la plaine en question. Après quoi, suivant les indications des lampes de balisage placées dans le champ, ils effectuaient leur largage face au vent.
Cette astuce d'orientation, probablement le résultat d'une étude de photos aériennes, était grandement favorisée par le reflet de la lune sur les rails et sur l'eau.
Fin août, les dirigeants comblennois du Service, répondant à l'ordre de mobilisation de l'A.L. (Armée de Libération) rejoignirent les lieux de rassemblement prévus. C'est ainsi que le docteur Henon prendra le commandement d'un refuge qui devait se trouver entre le Ry d'Oneux et Villers-aux-Tours. On peut constater que malgré tout, le groupe de Comblain était resté en relation avec l'A.L.
Néanmoins, le 9 septembre 1944, dès l'aube, le poste émetteur du lieutenant Gailly était paré à émettre.
Il était dissimulé dans un petit hangar de ferme appartenant à M. Emile Donis, de Mont. Cet abri à matériel était situé près de la fontaine de Mont, juste à l'endroit où se trouve actuellement l'atelier du tailleur de pierre Delgombe.
Vers 8h30, après avoir salué les éclaireurs du 60e régiment d'infanterie de la 9e division U.S. venant d'Anthisnes, l'agent parachutiste lançait sur les ondes le message confirmant la jonction avec les troupes libératrices. Quelques temps plus tard, la mission du service BB-Bayard prendra fin. Certains de ses agents resteront en contact avec la Sureté de l'Etat pour la sécurité du territoire.
Parmi les agents parachutistes, quelques-uns comme Freddy Gersay, retourneront en Angleterre, d'autres comme Antoine Jooris et Jean Gazlitz accompagneront les armées alliées dans la marche vers la victoire.
Les mérites du réseau furent unanimement reconnus par les Services Secrets belges et britanniques. Outre les noms cités, d'autres Comblennois firent partie de ce groupement parmi lesquels certains furent reconnus membres ou auxiliaires et d'autres pas, ce qui n'enlève absolument rien au mérite de ces derniers.
A la demande du docteur ou de l'un de ses subordonnés, certaines personnes, bien qu'étrangères au service, exécutèrent occasionnellement l'une ou l'autre mission, comme par exemple Jean Simon de Mont (ex-caporal milicien et prisonnier de guerre rapatrié).
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(1) Paraset : émetteur-récepteur simple construit par les Alliés pendant la seconde guerre mondiale. Il a été utilisé par les services secrets.
Source : "Les Echos de Comblain"
