La libération de Comblain-au-Pont le 9 septembre 1944.

Une autre version de cette journée mémorable.

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Samedi 9 septembre 1994.

Je suis à Comblain-au-Pont. La route de Comblain-la-Tour est minée. On ne peut sortir du village.

Depuis la veille, les Allemands occupent le Pont-de-Sçay et le dépôt du vicinal ; ils ont installé un tank dans la cour de la brasserie.

Des mitrailleuses, établies sur la rive droite de l'Ourthe tiennent en enfilade les abords du nouveau pont du vicinal, tandis que des colonnes américaines traversent Mont et descendent vers Poulseur.

Vers 10 heures, les Allemands mettent le pont en état de défense ; ils entassent à cet effet, tout au milieu, un camion renversé, des caisses et des rails Decauville. Avant midi, les mitrailleuses crépitent à de rares intervalles.

Après dîner, les Allemands disposent devant la barricade improvisée sur le tablier de la première arche du pont (vers la place communale), des caisses d'explosifs, les chambres à poudre ayant été bouchées par les F.I.

L'après-midi semble devoir nous réserver de graves événements, surtout dans le fond de la vallée. C'est ce qui me décide à gagner le coteau dit "Hoûrlê Margot", derrière la maison. De là, muni de mes jumelles, je suis tous les mouvements de l'ennemi autour du pont.

Il est deux heures quand le canon allemand commence à aboyer, en solo d'abord.

Soudain, un canon américain posté sur les Roches-Noires lui répond d'une voix qui réveille tous les échos de la vallée, tandis que des schrapnells sifflent dans la ramure des pommiers. Il est exactement 14h30 (estivale).

A partir de ce moment, c'est un chassé-croisé intermittent entre Comblain-gare - Hoyemont - Xhoris, tous sur la rive droite de l'Ourthe, occupée par les Allemands, et Mont-Comblain, sur la rive gauche, occupée par les Américains.

La canonnade augmente d'intensité. A 15h30, une explosion formidable secoue le centre du village, tandis qu'une fumée noire monte du fond de la vallée : le nouveau pont, ouvrage d'art dont la construction a duré trois ans, s'effondre sous  une charge de trois cents kilos de dynamite, brisant les vitres, enfonçant portes et fenêtres, criblant les toits, enlevant les ardoises, tuiles, toitures dans un rayon de plus de deux cents mètres.

Dans une pâture voisine de mon poste d'observation, un cheval galope, affolé ; les vaches s'arrêtent de paître, tendent l'oreille et fuient vers la sortie ; non loin de là, des moutons broutent, tranquillement, paisiblement.

Le duel d'artillerie, par-dessus ma tête, dure jusqu'à la nuit tombante, coupé de temps à autre par une rafale de mitrailleuse.

J'évalue à une grosse centaine le nombre des obus tirés par les Allemands et, à la moitié, celui de la riposte américaine.

Vers 10 heures, le calme se fait, calme d'une nuit de fin d'été et nous allons au lit.

Le lendemain matin, calme complet. Les Allemands évacuent progressivement la rive droite, tandis que les Américains s'obstinent à descendre de Mont sur Poulseur.

Ce n'est que le dimanche soir (1er septembre) que les premiers "Sammies" (quelques-uns seulement) viennent se rendre compte de l'état des lieux.

On ne signale pas de victimes parmi la population civile, terrée dans les caves pour la plupart. Dans les prés de Mont, on compte une vingtaine de bovidés tués. La gare du vicinal montre les traces de quelques obus ; on ne connait rien des pertes des belligérants ; elles doivent être faibles ou nulles.

Par Mr. Dieudonné Destexhe,

Instituteur pensionné

(habitant la villa "Pax",

Place Neuforge, n° 16).

Source : La libération de Comblain-au-Pont le 9 septembre 1944, Echos de Comblain, n°9, septembre 1970, p. 65 et 66.

Géolocalisation
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