Des Chasseurs Ardennais à Comblain-au-Pont le 11 mai 1940
Les premières personnes qui tombèrent à Comblain furent deux Chasseurs Ardennais.
Les premières victimes.
Le 10 mai 1940, la première Division des Chasseurs Ardennais exécuta les destructions qui lui avaient été commandées, puis, à la nuit tombante, les trois régiments qui la composaient : le 1er, le 2e et le 3e décrochèrent sans être contrariés et se replièrent sur la position d'accueil de l'Ourthe qui leur avait été assignée.
Le matin du 11 mai, après une dure étape de nuit sur cycles, la 1re Division atteignit l'Ourthe qu'elle s'apprêta à défendre : de Comblain-au-Pont à Durbuy.
Les premiers éléments ennemis ne prirent contact avec nos soldats qu'à 15h30, à Hamoir et à Durbuy.
A Comblain-au-Pont, des "silhouettes" apparurent au-dessus des rochers du Thier Pirard. Etaient-ce des éléments avancés de l'ennemi ? Certains nous l'affirment.
A Hamoir, un Allemand fut tué rue des Combattants, près du pont, sur la rive droite.
Les premières personnes qui tombèrent à Comblain furent deux Chasseurs Ardennais
1. Le Sous-Lieutenant de Réserve Alfred Gérard
Alfred-Jules-Florent Gérard avait vu le jour à Hasselt le 15 décembre 1912. En mai 1940, il était sous-lieutenant de réserve à la 6e Compagnie du 3e Chasseurs Ardennais (Matricule : 42.109).
Nous sommes le 11 mai et cette 6e Compagnie, venue de Lorcé, est rapidement installée à Comblain-au-Pont, sur la rive gauche de l'Ourthe.
Deux pelotons, dont celui du s/lieutenant Gérard, occupent les maisons en bordure du quai de l'Ourthe.
Au début de l'après-midi, le sous-lieutenant qui se trouvait non loin du pont détruit du vicinal est atteint par une balle de fusil et est grièvement blessé. Transporté à Huy, il devait y décéder le 13.
2. Le soldat milicien Gaston Thérasse
Gaston-Arthur-Maurice Thérasse naquit à Lomprez (province de Luxembourg) le 27 avril 1919. Son père s'appelait Adelin-Joseph-Ghislain et sa mère, Marguerite Cunin. Le père était rejointoyeur et la mère, ménagère. Au moment de la guerre, tous trois étaient domiciliés à Wellin, route de Gedinne, au n° 199.
Gaston était soldat milicien de la classe de 1939. Son numéro de matricule était 297.301 (1). En mai 1940, il faisait partie de la 5e Compagnie, 2e Bataillon du 3e Régiment des Chasseurs Ardennais.
Le 11 mai 1940, la dite Compagnie qui venait d'arriver chez nous, occupa tout de suite la rive gauche de l'Ourthe entre Comblain-au-Pont et Comblain-la-Tour.
A 11 heures du soir, un ordre de repli immédiat sur Anthisnes ayant été donné, le lieutenant Léonard installé à Géromont, dépêcha Gaston Thérasse, son ordonnance, pour aller rappeler les éléments les plus avancés, postés au lieu-dit "dizeû bèlêr". C'est à cet endroit, un peu plus bas que le bord du plateau, dans le premier zigzag, en descendant le flanc boisé de la colline et en exécutant sa mission que Thérasse fut grièvement blessé d'un coup de baïonnette (2).
A vrai dire, les circonstances de ce drame sont ténébreuses come celle de beaucoup d'autres qui se sont déroulées dans la plus grande confusion. Un fait reste troublant : pourquoi le blessé ne fut-il ni recueilli, ni soigné, ni évacué en ambulance vers l'arrière ?
Lorsque le lendemain, le corps sans vie du malheureux soldat fut découvert, on constata que Thérasse avait utilisé sa chemise pour panser sa blessure. Il a donc dû souffrir atrocement, physiquement et moralement, dans l'atmosphère angoissante de la guerre, la solitude totale et les ténèbres.
Ceux qui découvrirent le corps, l'enveloppèrent dans des couvertures puis vinrent l'inhumer hâtivement et à peu de profondeur, dans une prairie toute proche. A l'heure présente, cet endroit est encore visible dans la parcelle cadastrée Section D n° 500 du plan Popp.
Le 15 mai, à 11 heures, ceux qui avaient découvert le corps, vinrent déclarer le décès du soldat au Bureau communal de Comblain. Voici quelques extraits de cet acte de décès : "... par devant nous, Longueville Victor, conseiller communal, seul membre présent du dit Conseil, faisant fonction d'officier public de l'Etat Civil... ont comparu Ledent Eugène, ouvrier carrier, âgé de trente-huit ans et Bonhomme Joseph-Hubert, ouvrier carrier, âgé de soixante-cinq ans, tous deux domiciliés à Comblain-au-Pont, non parents du défunt, qui ont découvert le corps du défunt ci-après nommé ; lesquels nous ont déclaré que le douze mai de l'année courante, à une heure indéterminée, est décédé en cette commune Thérasse Gaston-Arthur-Maurice, célibataire, etc... Mort pour la Patrie, âgé de vingt-et-un ans, etc..." Une seconde mention de "Mort pour la Patrie", visiblement soulignée figure dans la marge du dit acte sous le nom du défunt.
Lorsque les parents du malheureux soldat purent être avertis, ils demandèrent en tout premier lieu que le corps de leur fils reçoive une sépulture décente. Le cercueil fut enterré au même endroit. Le 27 juin 1940, il fut exhumé par M. Eugène Durieux, fossoyeur, et amené à hauteur de la maison de M. Arsène Philippin, endroit où arriva le corbillard communal que suivirent les parents éplorés.
Un groupe de Géromontois s'étaient proposés d'ériger à l'endroit où tomba Thérasse et ce, dès que ce serait possible, une pierre qui rappellerait son sacrifice. Entretemps, la place où il tomba fut aménagée, un sapin y fut planté par M. Arsène Philippin et des bouquets de fleurs y furent abondamment déposés. Le jeune arbre disparut bientôt, enlevé sans doute, par des gosses. Une humble croix, réalisée par M. Ferdinand Rasquin, de Géromont, disparut à son tour, ainsi que deux autres qui la remplacèrent. Après la guerre, le S.I.T. se proposa, lui aussi, de placer une pierre commémorative sur le lieu du drame, mais se rangeant à l'avis de maintes personnes, il abandonna son projet : le défunt reposait à Wellin, la population de Géromont partie en exode, n'avait pas vécu intensément le drame et dix années avaient passé...
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(1) C'est le numéro qui figure dans l'acte de décès, le 20e enregistré à Comblain depuis le début de 1940. D'après les notes de M. Eugène Durieux, fossoyeur, le n° de matricule de l'intéressé était 297.893 (renseignements puisés au n°116 du carnet tenu par le préposé communal), tandis que d'après le Service de l'Historique des Forces Armées Belges, il aurait été 279.846.
(2) D'un coup de fusil, allèguent certains. Les faits s'étant passés la nuit et dans la précipitation, et les Chasseurs Ardennais étant partis, à peine installés, il sera toujours difficile d'obtenir des éclaircissements sur ce drame.
SOURCES :
- Les souvenirs des Géromontois, souvenirs vagues et contradictoires notés en 1946.
- L'acte de décès de Gaston Thérasse.
- Les notes de M. Eugène Durieux (n° 116 de son carnet).
- Le "Service de l'Historique" de l'Armée Belge, 1 A, Parc du Cinquantenaire, Bruxelles 4 (renseignements transmis à M. Léon Dombret, de Hamoir, notre collaborateur de toujours et Commandant de Réserve Honoraire aux Chasseurs Ardennais). Documentation du 23 mai 1972. N° S.D.H.G. 1266.
- Le souvenir pieux, consacré à Gaston Thérasse et imprimé à Wellin par A. Banneux.
- "La Campagne de mai 1940", article paru dans "Le Soir" des 12 et 13 septembre 1947, sous la signature de A. Nyssens, Lieutenant général en retraite.
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Source : Emile Detaille, Des Chasseurs Ardennais à Comblain-au-Pont le 11 mai 1940, Echos de Comblain, n°5, mai 1973, p. 36 et 37.
