10 mai 1940

L'exode des Comblennois

Informations

Le 10 mai 1940, la population comblennoise (et celle de tous nos villages, d'ailleurs) a "exodé" en hâte vers le Condroz, pour échapper à la mort et obtempérer aux ordres du Haut Commandement militaire.

Savaient-ils, nos Comblennois, que la rive gauche de l'Ourthe, de Comblain à Durbuy, pour ce qui nous concerne, était la ligne proposée pour arrêter l'ennemi ?

Depuis le 29 avril 1940, les hommes du deuxième bataillon (major Martin) du Quatrième régiment de carabiniers cyclistes (1) occupèrent les dix points d'appui avancés, répartis sur la rive gauche de l'Ourthe, entre le pont du Vicinal à Comblain et la limite nord de Poulseur.

A Comblain même, ce sont les cyclistes de la  cinquième compagnie du commandant Goes, dont le poste de commandement se trouvait à Mont (2) qui ont pris possession des tranchées et barbettes creusées depuis la mobilisation par les troupes du deuxième régiment de cyclistes venus s'installer chez nous les 29 et 30 août 1939 (3). Cette dernière unité avait quitté notre localité le 28 avril 1940 avec, comme destination, Bourg-Léopold.

En raison du terrain accidenté, l'appui de l'artillerie, en faveur des carabiniers cyclistes, fut assuré par une section de deux mortiers de 76 mm, détachée de la 15e compagnie du 5e régiment de ligne. Ces deux pièces étaient commandées par le premier sergent d'Hoey (4). Quelques motocyclistes appartenant au 1er escadron du 2e régiment de chasseurs à cheval étaient chargés de liaisons radio.

A l'aube de ce 10 mai, tous les hommes occupaient des positions retranchées d'où il aurait été malaisé de les déloger.

La journée du 10 mai se passe sans incident, mais on devine la peine des soldats regardant avec tristesse et amertume le départ précipité et déchirant des Comblennois s'exilant vers des horizons incertains et des jours pleins de fatigue, de danger et de désarroi.

Vers 19h45, un détachement de découverte du premier Groupe de Reconnaissance du 8e régiment de cuirassiers, appartenant à la 2e division légère de l'armée française, traverse notre village pour se diriger vers le fort de Sougné-Remouchamps. (le corps motorisé français était sous les ordres du général Prioux. Sa mission était de tenir jusqu'au 14 mai la ligne Gette-Méhaigne, partie sud).

Le capitaine de Gastine, commandant l'unité, est tout ébahi et stupéfait d'apprendre de la bouche du chef-poste de garde, installé au Pont-de-Sçay, que ce fort n'a jamais existé et, au surplus, que le pont dudit Pont-de-Sçay va sauter et, ainsi, lui couper son repli s'il pousse sa reconnaissance plus avant. Force lui est de se résoudre à installer, lui aussi, sa troupe le long de l'Ourthe.

A 20h25, le pont du Pont-de-Sçay est détruit par les pionniers de la première compagnie du 11e bataillon du génie.

Soit dit ici, entre parenthèses, nous avons plusieurs fois retrouvé sur le plateau boisé du chession, des pavés provenant dudit pont.

Le pont du Vicinal, à Comblain-centre, sautera, lui, vers 21heures.

La nuit du 10 mai se passe dans le calme, celui-ci étant troublé de temps à autre par le passage des escadrilles de bombardement de la "Luftwaffe".

11 mai 1940

Les premières heures de ce jour-là voient le départ des derniers Comblennois, les ultimes hésitants.

Mme Jeanne, de Mont, partie le 11 mai, mais déjà revenue le 12, nous apprend que son village était complètement abandonné. Seules deux personnes, M. et Mme H. Vosse n'avaient pas voulu quitter leur demeure.

A l'aube de ce 11 mai, trois compagnies du 2e bataillon du 3e régiment de Chasseurs Ardennais prennent position en amont du pont du Vicinal, rive gauche de l'Ourthe, évidemment (5).

La 6e compagnie du commandant Vanderveken prend position à Comblain-centre.

La 5e s'étale entre Comblain-au-Pont et Comblain-la-Tour.

Quant à la 4e, elle s'installe à Comblain-la-Tour même.

Ces unités s'insèrent dans le dispositif de combat d'arrêt sur l'Ourthe.

Une batterie de deux canons anti-tanks C47, sous les ordres du lieutenant Groven renforce la 6e compagnie. Ces unités sont arrivées pendant la nuit du 10 au 11 mai aux environs de 2h30 du matin.

Vers 11 heures, on signale trois autos blindées allemandes sur la route de Xhoris à Hamoir, ainsi que des éclaireurs ennemis arrivés sur les hauteurs de la rive droite de l'Ourthe.

A cette même heure, les quelques hommes du 2e Chasseurs à cheval quittent Comblain pour une autre position.

L'après-midi fut relativement calme. Il y eut juste quelques tirs échangés avec des éléments ennemis avancés. Ces troupes de pointe appartenaient à la 251e "Aufklärungsabteilung" (section de reconnaissance).

Néanmoins, ces coups de feu sporadiques ont fait une victime : le lieutenant de réserve Alfred Gérard (natif de Hasselt), de la 6e compagnie des Chasseurs Ardennais, blessé mortellement par balle tirée des hauteurs du Thier Pirard par un tireur d'élite allemand (6).

Le soir tomba et nos soldats s'apprêtèrent à passer une nouvelle nuit de veille. Bien retranchés, avec des réglages de tir préalablement calculés, ils possèdent l'avantage et sont prêts à subir le choc des armées nazies.

Pendant ce temps, la troupe d'avant-garde n°251 de la "Wehrmacht" atteint les bords de l'Ourthe à Poulseur, tandis que le 451e régiment d'infanterie de la 251e division du 5e corps vient se masser entre Chanxhe et Comblain sur la rive droite de la rivière. Cette unité est suivie de son double, le 459e régiment.

Ici, on peut aisément imaginer ce qui aurait pu se passer à l'aube du 12 mai. D'un côté, les troupes belges occupant des positions fortifiées. De l'autre, des troupes allemandes, nombreuses, cherchant à traverser l'Ourthe coûte que coûte. Sur les deux rives, des unités d'infanterie qui allaient s'enraciner, se retrancher, se mitrailler, se bombarder aux mortiers et aux canons anti-tanks, bref, à coups sûr, provoquer une hécatombe de combattants et raser nos villages.

C'est à ce moment que le destin modifia le cours des événements locaux. En effet, en raison de la situation dramatique sur le canal Albert, l'Etat-Major Général de notre pays, décida d'annuler les batailles prévues sur l'Ourthe et fit replier les troupes en prévision des combats d'arrêt sur la ligne K.W. (7).

L'ordre de repli arriva dans les points d'appui des forces belges vers 22h30. Les Français avaient quitté Comblain vers 22 heures en direction d'Engis.

Le soldat Gaston Thérasse de la 5e compagnie des Chasseurs Ardennais (soldat originaire de Wellin) fut tué en portant l'ordre de repli aux éléments avancés (8).

Dans le courant de la nuit du 11 au 12 mai, Comblain, vide de ses habitants, vit aussi le départ des troupes qui devaient contenir l'ennemi.

Le silence ne cessa qu'avec le retour progressif et très étalé de ses habitants.

12 mai 1940

A l'aube du 12 mai, les armées allemandes traversèrent nos villages déserts mais épargnés d'un désastre qu'on n'aurait pu évaluer.

Nous devions rester sous la botte des Allemands jusqu'au 9 septembre 1944 !

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(1) Première division de cavalerie.

(2) Maison de Léon Simon.

(3) Le 4 septembre 1939, avaient reçu, en renfort, les mortiers du 14e régiment de ligne.

(4) L'appui de l'artillerie lourde était confié à la 3e batterie du 2e régiment cantonnée à Strivay.

(5) Il s'agit de la 1ère division de Chasseurs Ardennais. Ceux-ci et les carabiniers cyclistes étaient deux divisions qui faisaient partie de groupement "Ardenne" placé sous les ordres du général Keyaerts.

(6) "Echos" de mai 1973, pages 36 et 37.

(7) Ligne fictive de défense tirées entre Koningshooikt (province d'Anvers) et Wavre (Brabant wallon).

(8) Voir note n°7.

Sources consultées :

Campagne de mai 1940 en Belgique" Atlas 1/40.000e. Travail n°25, par le lieutenant-colonel A. Bikar.

"Historique de la campagne 1940 du 3e régiment de Chasseurs Ardennais" par M. Hubert, président national de la Fraternelle des Chasseurs Ardennais.

Service historique de l'armée, 79/81 avenue de Cortenbergh, 1040 Bruxelles.

"La Campagne de l'Armée Belge en 1940" par M. de Fabribeckers. Edition Rossel.

"La Campagne de mai 1940". Journal "Le Soir" des 12 et 13 septembre 1947. (Il y est question 4 fois de Comblain-au-Pont, 3 fois de l'Ourthe (position d'accueil) et 1 fois de la progression des Allemands au sud de l'Amblève).

Pol WALHAIN, 10 mai 1940, Echos de Comblain, mai 1983, p. 1 et 2.

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