Mont-sur-la-Heid. Un hameau disparu.

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Lorsqu'on visite les champs de bataille de Verdun, on trouve, dressé à côté de ruines informes, un écriteau cloué sur pieu portant cette inscription brève mais significative : "Ici fut..."

Il pourrait en être de même à l'endroit où s'élevait jadis un hameau de notre commune appelé en wallon "Mont-sol-Hé" ou "Pitit-Mont".

Ce groupe de maisons dont on trouve une mention en 1451 sous le vocable de "Pety-Mon-sour-Heid" (1) était situé à mi-hauteur du plateau déclivé à une altitude de 145m, entre l'actuel village de Mont et la vallée de l'Ourthe. Il s'échelonnait le long de l'ancienne voie reliant Comblain-au-Pont à Poulseur, en passant par les Roches-Noires, exactement à l'endroit où ce chemin décrit une espèce de "S".

D'après les souvenirs des anciens, on y comptait une douzaine de maisons à l'époque de sa destruction en 1794. Avant de vous dévoiler le déroulement des événements, il est utile de rappeler quelques éléments historiques.

La révolution française gronde. Louis XVI se voit forcé d'adhérer à l'Ordre Nouveau (tiens, déjà !) qui renverse les derniers vestiges des institutions féodales. A la monarchie absolue se substitue la monarchie constitutionnelle. Les souverains d'Europe sentent trembler leur trône. L'Empereur d'Autriche en tête, ils se coalisent contre la France, souhaitant y voir restaurer le pouvoir absolu.

Le général français Dumouriez, en réaction, dresse son plan de campagne : il faut enlever les Pays-Bas à l'Autriche. C'est ce qu'il réussit à faire en remportant la bataille de Jemappes le 6 novembre 1792. Le 21 janvier. Louis XVI perd la tête (au sens propre du terme) et la République est proclamée. C'est le signal d'envahissement de la Belgique par les armées autrichiennes. Conséquence : Dumouriez est battu en mars 1793 à Neerwinden et nous redevenons autrichiens.

Mais, en juin 1794, le général français remporte, sur les Kaiserlicks, la bataille de Fleurus qui s'achève sur les bords de l'Ourthe et de l'Amblève où ces derniers se sont repliés le 18 septembre de la même année. C'est cette dernière confrontation qui nous intéresse.

Le 15 septembre, soit trois jours plus tôt, le général français Scherer était venu de Durbuy et de My pour installer ses 15.000 hommes sur le plateau depuis Montjardin-lez-Aywaille jusqu'à Oneux-sous-Comblain.

Pendant la nuit du 15, la division du général français Marceau, forte de 12.000 hommes et venant de Strée, passe à Villers-aux-Tours et arrive à Comblain-au-Pont où elle fait sa jonction avec les troupes de Scherer. L'aile gauche de Marceau s'étend jusqu'à Esneux.

Durant la nuit, le précité général installe ses troupes sur le Mont et à Mont-sur-la-Heid qui nous intéresse plus spécialement. De nombreux souvenirs locaux se rattachent à cette mémorable journée. Nous souhaiterions les reproduire mais l'Histoire se doit de rester objective et d'écarter toutes les narrations qui pourraient être controversées.

Le 16 septembre, les chefs français dressent leur plan de bataille mais, pour tromper l'ennemi, ils font tonner leurs canons sur toute la ligne de front et simulent des attaques, principalement sur Maastricht. 

Le général français Jourdan abandonne Liège où les Autrichiens tiennent toujours la Chartreuse et, à la tête de ses 12.000 hommes, se rend à Chokier dans le plus grand secret. A la suite de tout ceci, les Autrichiens dirigent une partie de leurs forces vers Maastricht et forment un camp retranché à Warnoumont. Dupés par cette inattendue concentration de troupes, les Français à leur tour, croient à une attaque imminente et alertent toutes leurs forces.

Le 17 septembre au soir, Jourdan franchit la Meuse, s'avance vers Plainevaux et, à la faveur de la nuit, dirige de suite 6.000 hommes sur Oneux et Halleux. Les batteries françaises d'Oneux et de Mont détruisent les pièces autrichiennes installées à Douxflamme. Les chasseurs à pied français franchissent l'Ourthe et occupent le hameau vers 14h. Pour les Kaiserlicks, il s'agit d'un endroit stratégique qu'il faut reconquérir à tout prix. Sous le commandement du général autrichien Ott, le hameau est repris mais les Français ont tout incendié dans leur retraite.

Les batteries autrichiennes, installées à Fraiture, tirent à boulets rouges sur les positions françaises de Mont. Et c'est ainsi que le hameau de Mont-sur-la-Heid fut rasé de la carte, sans le moindre espoir de reconstruction. Ainsi donc une douzaine de maison firent les frais de cette bataille de Douxflamme, de Sprimont ou de Fleurus, suivant que l'on veuille ou non régionaliser le conflit.

Les pertes françaises, lors de cette bataille, s'élevèrent à 1.200 hommes. Du côté autrichien, on releva 1.800 tués ou blessés. 36 drapeaux furent capturés, de même que 2.000 soldats, 5 canons et 90 caissons d'artillerie.

L'armée autrichienne retraita vers Aix-la-Chapelle. Le décret du 9 vendémiaire (1er octobre 1795) proclama la réunion de la Belgique à la République Française. Voilà peut-être pourquoi les nostalgiques francophones se sentent encore quelques fibres républicaines dans un recoin de leur coeur.

(1) D'après Halkin et Roland (pièce 669, page 438). Sources : archives de Düsseldorf

Source : Ninie Dehossay, "Les Echos de Comblain", Août 1995

Géolocalisation
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