Le combat de Douxflamme
Bataille du 17 septembre 1794 entre Français et Autrichiens.
Un peu d'Histoire : Douxflamme.
Un document du XIIIe siècle nous apprend que "ab Amblaira theutonica usque ad duo flumina sub Novo castro aqua pertined ad ecclesiam libere et absolute".
Comprenez que : depuis Amblève, localité germanophone du canton de Saint-Vith, jusqu'aux "deux rivières" c'est-à-dire jusqu'au confluent de l'Ourthe et de l'Amblève, en aval du nouveau château, perché sur la falaise de Raborive, l'eau appartient à l'église de Stavelot librement et absolument.
C'est dans ce bout de texte que nous avons sans aucun doute possible, la première mention qui nous soit parvenue de Douxflamme.
Ce mot vient directement du latin duo flumina et désigne la conjonction de deux rivières ou leur confluent, ce qui, après tout, revient à dire que Comblain ou Confluentes (confluent) et Douxflamme sont deux dénominations identiques quant au sens.
Mais Duo flumina est envisagé ici comme repère géographique. Il nous est impossible de dire si le hameau existait déjà alors.
Il nous faut attendre le 20 juillet 1444 pour en trouver mention en tant qu'agglomération humaine. A cette date, les doyen et chapitre du monastère de Malmedy font un accord avec les masuirs (colons) et les manants (vilains, roturiers, non nobles) de Comblain, relativement au moulin banal qu'ils s'engagent à remettre à point : cet accord est conclu après avoir pris l'avis de Warnier de Bellevaux, Thomas d'Arimont, Jean Streu de Poulseur et Guillaume de Douxflamme.
En 1451, le nom de la localité apparaît sous la graphie Duflame dans un relevé des tenanciers des terres de l'abbaye, à Comblain-au-Pont.
Le 20 juillet 1454, les doyen et chapitre de Malmedy et les mayeur et échevins de Comblen avec leurs masuirs et surcéans (nouveaux venus) terminent par un accord leur différend au sujet d'un moulin banal situé à Comblain, dans lequel village il y avait d'habitude deux moulins banaux pour ceux de Comblain, de Douxflamme et de Fraiture.
Le 6 septembre 1468, le chapitre de Stavelot donne en accense (location) pour 9 ans, à Gilchon, maïeur de Rahier et de Chevron, ses dîmes de Freateur deleis Comblein (lisez : Frêteure d'lé Comblin) et de Douxflamme paroche (paroisse) dudit Comblein, moyennent une rente annuelle de six piètres et demi d'or.
Le combat de Douxflamme.
Deux armées étrangères se battent chez nous... Depuis leur victoire à Fleurus (juin 1794), les Français (Républicains ou sans-culottes) forcent les Autrichiens (Impériaux ou Kaiserlicks) à reculer irrésistiblement vers le Rhin. Ce recul exige des batailles dont celle dite de Sprimont ou des bords de l'Ourthe et de l'Amblève nous intéresse tout spécialement. Voici en bref, l'épisode qui se rapporte à Douxflamme.
Au cours de la nuit du 15 septembre 1794, les troupes françaises du général Marceau, venant de Strée par Villers-aux-Tours, vinrent s'installer à Comblain-au-Pont, Mont et jusqu'à Esneux, tandis que les colonnes françaises du général Schérer qui avaient franchi l'Ourthe à Hamoir, débouchaient à Oneux, à Hoyemont et allaient occuper un front dont les limites extrêmes étaient Montjardin.
Le front s'étendait donc d'Esneux à Douxflamme, sur l'Ourthe et de Douxflamme à Sougné-Remouchamps sur l'Amblève. La rive droite des deux rivières était tenue par les Autrichiens.
Le 16, les Français, pour distraire l'ennemi et masquer leurs intentions, peut-être aussi pour sonder les forces et les positions adverses, se mirent à entretenir une canonnade nourrie sur tout le front.
Le général français Jourdan, parti de Chokier avec 12.000 hommes, en amena une partie à Oneux et au Halleux.
Le 17, pour cacher leurs derniers préparatifs et peut-être aussi pour s'assurer un débouché facile au centre et à la charnière du front, les Français prononcèrent une attaque très violente sur Douxflamme, dès 9 heures du matin.
La localité fortifiée était tenue par les hommes du corps franc slavon-serbe. Les batteries françaises de Mont et d'Oneux (bonne portée : 1.200 mètres; portée extrême : 3.500 mètres) la prirent sous leurs feux croisés, et les slavons-serbes furent finalement forcés de fléchir. Le comte de Latour, général belge au service des Autrichiens, leur envoya en hâte un renfort de deux bataillons de Jordis et d'une division de dragons impériaux, placés sous le commandement du général-Major von Ott. Entretemps, l'artillerie autrichienne établie entre Fraiture et Douxflamme bombardait si énergiquement les positions françaises de Mont que Li P'ti Mont ou Mont so l'Hé fut rasé complètement pour ne jamais être relevé de ses ruines.
L'envoi des renforts autrichiens à Douxflamme n'avança pas les choses. Mus par leur brio naturel, les chasseurs à pied de France avaient déjà réussi à traverser l'Ourthe (qui est à cet endroit profonde et large) et à s'infiltrer dans le hameau. Le général Latour donna l'ordre de réoccuper Douxflamme. Sous la poussée des Kaiserlicks dirigés par le major d'infanterie Albel et le commandant Swinburn, les Français durent rebrousser chemin. Toutefois, avant de se retirer, ils transformèrent Douxflamme en un brasier où les impériaux incommodés autant par la grande chaleur que par la fumée épaisse, ne laissèrent que quelques avant-postes avant de se retirer vers l'aval dans un chemin creux, presqu'entièrement comblé de nos jours par les déblais de la carrière dite "Humblet". Ce chemin s'amorçait entre Chanxhe et Rivage et se dirigeait vers Fraiture. C'est de ce chemin creux que se poursuivit l'engagement jusqu'à la tombée de la nuit. Le rapport français ne souffle mot de ce combat qui dut cependant coûter assez bien de vies dans les deux camps.
Les Autrichiens, peu rassurés par l'insistance que mettaient les Français à vouloir rompre la charnière du front, firent travailler leurs troupes toute la nuit à la construction d'une redoute au nord-est de Douxflamme. A l'aube du 18, qui vit la grande bataille sur tout le front, cette redoute n'était pas achevée et il était écrit qu'elle ne servirait à rien du tout.
Lorsque le 18, le signal d'attaque fut donné dans les lignes françaises, les Républicains, achevant de dérouter les Kaiserlicks par leur manoeuvre, évitèrent tout contact avec Douxflamme fortifié. Mais peu après leur rapide avance sur la rive droite des deux rivières, ils vinrent attaquer le village à revers. A midi, le village était occupé par les Français. La victoire française était en cours et le repli des Autrichiens se faisait en hâte sur tout le front.
A l'heure actuelle, on aperçoit encore à Douxflamme, dans le mur d'une maison, l'endroit où porta un boulet de canon tiré de Mont.
Tels sont, brossés à larges traits, les faits saillants du passé historique du petit hameau des "deux rivières".
Sources : "Recueil des Chartes de l'Abbaye de Stavelot-Malmedy" par Halkin et Roland, Bruxelles 1909. - "La bataille de Sprimont" par le Docteur Louis Thiry, Bruxelles, librairie Falk fils, 22, rue des Paroissiens, 1936.
Emile DETAILLE, Un peu d'histoire DOUXFLAMME, Echos de Comblain, n°1, janvier 1949, p. 1 et 2.
