Poulseur
Poulseur 1914

Poulseur

Violence des Allemands en route vers Boncelles : deux semaines en août 1914.

Informations

Le village de Poulseur va connaître les horreurs de la guerre. Les avant-gardes allemandes, des Uhlans, pour la plupart, sont passées, tuant par-ci par-là les premières victimes de la guerre.

Mon père, Jules Nihon et ma mère, Maria Sépulchre, voient passer, dans la rue du Vieux Château, un malheureux civil attaché derrière un caisson allemand. Ils n'iront pas plus loin que le cimetière de Poulseur. Le civil, arrêté à Lincé, sera abattu contre le mur du dit cimetière. Les Allemands occupent la ferme de mes parents, abattant les animaux qui leur sont nécessaires pour le ravitaillement de leurs troupes. Une fusillade éclate subitement lorsqu'un peloton d'Alsaciens, enrôlés de force dans les troupes allemandes et réfugiés au Château-fort de Poulseur, ouvre le feu sur les troupes allemandes défilant à travers le village. Cette escarmouche dure peu de temps car les troupes allemandes vont monter vers Boncelles où elles vont attaquer le fort et les troupes belges campées au Sart-Tilman. Les fantassins allemands sont refoulés vers la vallée de l'Ourthe, redescendent vers Poulseur.

Les incendies vont éclater. Chez nous, à la ferme du village, ils incendient la maison d'habitation. Ma grand-mère, Marie-Josèphe Armolis, veuve de mon grand-père Jacques Nihon, natif de Blegny-Trembleur, est alitée depuis longtemps. On la sauve du feu en la portant dans un fauteuil jusqu'à la maison Maladry qui fait le coin de la place à la route d'Esneux. Elle y mourra rapidement et sera inhumée au cimetière de Poulseur où elle rejoint son mari.

Les incendies ravagent tout le centre du village jusqu'à la maison du docteur Grand sur la route de Chanxhe. Les villageois veulent se réfugier dans les carrières de Montfort et pour cela doivent franchir le pont de la Gombe. C'est là qu'un groupe d'Allemands embusqués sur la route d'Esneux, à hauteur du barrage de l'Ourthe et près de la maison Lays, leur tirent dessus. Ils tuent ainsi une petite jeune fille, nièce des deux soeurs qui, dans le magasin occupé actuellement par la pâtisserie, vendaient des tissus, aunages, etc. Le corps de la petite martyre sera rapporté au village par un de mes oncles, Camille Sépulchre.

La ferme brûle toujours et les Allemands l'évacuent en emmenant nos vingt-deux chevaux. Parmi ceux-ci, ils ont même emmené Mouchette, une pouliche aveugle et son jeune poulain. Cette jument donnant de très beaux poulains avait été précieusement gardée par mon père. La ferme étant en ruines, mon père décide de passer les nuits dans la tour de la siroperie qui se trouve à droite de la grande porte d'entrée. Quelques jours passent et papa, en pleine nuit, est réveillé par le bruit d'un cheval raclant les pavés devant l'entrée de la ferme. Papa se précipite, ouvre la porte et se retrouve en face de notre Mouchette que suit son poulain. Papa en pleure de joie et abrite ses deux chevaux retrouvés dans ce qui reste des écuries et les nourrit. Le lendemain, les Allemands reviennent visiter les lieux, mais papa sauvera ses deux chevaux. Un major allemand, portant monocle, veut encore réquisitionner ce qui a échappé à l'incendie. Mon oncle Isidore, célibataire vivant chez nous, intercepte le dit major et le malmène, lui faisant dégringoler les cinq marches de l'ex-entrée de la maison. Isidore, poursuivi par les Allemands, s'enfuit par la gare et le grand pré; il se réfugie dans les trous de la carrière de Montfort où des membres de ma famille iront le ravitailler. Il nous rejoint après une quinzaine de jours.

La ferme restera en ruines jusqu'en 1922. Reconstruite par les soins de la propriétaire, Madame la Baronne de Lonneux, et papa désirant abandonner sa profession, la ferme sera remise à la famille Trussart.

En août 1914, une histoire tragique se déroula encore devant l'entrée de la maison de mon grand-père François Sépulchre qui habitait au 18, rue du Vieux-Château et avait recueilli ma famille après l'incendie de la ferme. Lorsque mon père vit que les Allemands incendiaient la ferme, il chargea notre domestique, Théodore Degueldre, natif de Chênée, de se sauver par la ruelle, emmenant mon frère Jacques, alors âgé de 12 ans, et de le mettre en sécurité chez mon grand-père. Lorsqu'ils débouchèrent de la ruelle, à quelques mètres de l'entrée du 18 de la rue du Vieux-Château, ils furent arrêtés par un Allemand qui les tint en joue. Théodore eut le réflexe de prendre Jacques par les épaules et de le faire entrer dans la cour. L'Allemand, à ce moment, tint le brave Théodore au bout de son fusil et tira à bout portant, le tuant sur le coup. Théodore fut inhumé à Poulseur au pied du mur ouest et sa tombe fut fleurie quelques années jusqu'au jour où ce coin fut nivelé mettant fin à cette triste histoire.

Source : VEMARC en collaboration avec Jules Nihon et Madame Hougardy, "Les Echos de Comblain", janvier 1992.

Poulseur 1914
Géolocalisation
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