Août 1914, à Comblain-au-Pont
Extrait du journal de Joseph SCHREUDER, curé de Comblain.
La documentation qui suit nous a été remise obligeamment par M. l'Abbé Georges Piedboeuf, révérend curé de Burdinne et ancien curé de Comblain-au-Pont, suite à un appel de nos "Echos" en vue de recueillir des souvenirs relatifs aux guerres de 14-18 et 40-45.
Le journal qui suit émane du curé de Comblain, qui en août 1914, fut victime des évènements et consigna dans un cahier l'essentiel de ce qu'il avait entendu, vu, ou vécu.
En publiant in-extenso ce journal strictement personnel il est de notre devoir de n'y apporter aucun commentaire.
Puisse cette relation contribuer à l'histoire locale et aider nos lecteurs à nous confier les notes qu'ils pourraient peut-être conserver.
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GUERRE DE 1914
MARDI 4 AOUT. - Depuis plus 8 jours, il y a des dangers de guerre entre l'Autriche et la Serbie. La Russie s'en mêle, puis les autres pays : la France, l'Angleterre, mais l'Italie veut rester neutre.
Il y a 3 jours, les Allemands ont envahi le Grand-Duché de Luxembourg, sous prétexte de sauvegarder leurs lignes de chemin de fer. Aujourd'hui, on dit que les Allemands sont entrés (en Belgique) par Pepinster. Aussitôt on fait sonner les cloches pour convoquer la population à faire sauter le pont (du Pont-) de -Sçay, celui de Liotte et le pont près de Martinrive (et) pour barricader les routes tout le monde s'y rend de bon gré. On a essayé par 6 fois de faire sauter le pont du Pont-de-Sçay sans y réussir. On bouche les tunnels en y renversant 3 locomotives et on enlève une partie de la voie du chemin de fer. Il y a consternation générale dans la paroisse. Un aéroplane apparaît vers 4h et semble venir de Bruxelles et y retourne après avoir contourné Comblain. Ce matin sont arrivés les derniers journaux et les dernières correspondances. M. l'Inspecteur des Eaux et Forêts a reçu un télégramme lui disant d'armer tous ses gardes et de garder les ponts. M. le Vicaire de Hody est pris ici pour un espion; on le conduit à la gendarmerie d'Anthisnes où on reconnaît son identité.
MERCERDI 5 AOUT. - A 9h, la commune est en émoi : on dit qu'on doit quitter le village. Aussitôt, c'est une ruée de toutes les mères vers les écoles pour "chercher" leurs enfants et le remue-ménage est général. C'est seulement vers midi qu'on reçoit des explications de cet ordre. On fait sauter les ponts et on engage les habitants des maisons près des ponts à quitter momentanément leurs maisons vu le danger d'écroulement? La tranquillité renaît vite et chacun quitte les attroupements très nombreux. On brûle la barque de l'Ourthe. Cela, ainsi que l'ordre de faire sauter les ponts et d'obstruer les routes, venaient de l'autorité supérieure.
A 11 heures, les Allemands ont fait leur apparition ici; ils gardent les ponts. Leur officier vient chez le bourgmestre Dalem demander de qui il a reçu l'ordre de faire sauter les ponts et d'obstruer les routes. Il oblige ce dernier à faire afficher dans le village une proclamation mensongère disant qu'ils viennent ici en amis et que la France a violé notre neutralité, etc. Il oblige ensuite ce dernier à convoquer des hommes pour déblayer les routes et pour rétablir les ponts. Des femmes sont même réquisitionnées.
A 11h30, les Allemands viennent à Comblain. Ils s'installent partout. C'est le 82e régiment de Ligne avec bagages et cuisines. Ces hommes sont harassés de fatigue. Ils logent partout. Au Cercle, il y en a bien 200. Chez moi, il y en a 7. Ils ont quitté l'Allemagne le matin, à Born et sont arrivés par le chemin de fer jusque La Gleize. De là ils sont venus à pied. Ils devaient loger (ici à Comblain), mais vers 5 heures on sonne l'alarme et (ils) reçoivent l'ordre de partir tout de suite. Ils ont à peine le temps de s'équiper et (les voilà qui) se remettent en marche vers 6 heures. Les chariots et bagages restent ici jusqu'au lendemain à 6 heures.
JEUDI 6 AOUT. - Pendant toute la nuit, on entend tonner le canon vers Liège. Hier soir, au Brigaton, deux personnes de Comblain ont été tuées : un appelé Holzeimer, forain, et Defays d'Oneux. A 8 heures, plusieurs familles de Poulseur passent en sauvant leurs objets les plus précieux. Ils disent que tout Poulseur est en flammes. A 9 heures, on dit qu'ils exagèrent mais qu'on a tué une femme récalcitrante et lié plusieurs personnes aux poteaux. Réellement sur la Grand-Place de Poulseur, il n'y a plus debout que la gare, l'église et le presbytère. Les autres maisons sont détruites. A Poulseur, on avait dit-on, tué un adjudant prussien.
VENDREDI 7 AOUT. - Le matin, à 6h50, dix soldats allemands à cheval passent devant le pont dans la direction de Comblain-la-Tour. Ce matin, a eu lieu l'enterrement du vannier Holzeimer, tué au Brigaton par les Prussiens. On avait abandonné sur les berges de l'Ourthe, son corps déjà en putréfaction. Je me suis rendu là-bas; j'ai récité les prières. On a entouré son corps avec de la paille et une vieille tenture de l'église. On l'a placé sur une charrette et on l'a conduit dans le parc près de Saint-Martin, où il a été enterré. Il pleut toute la journée.
SAMEDI 8 AOUT. - La nuit a été calme. On entend de temps en temps des coups de canon mais dans le lointain. A midi, on dit que Liège est occupé par les Prussiens, mais que tous les forts résistent. A 4h30, un aéroplane arrive dans la direction du Sud au Nord. On affiche ici la défense de colporter des fausses nouvelles sous peine de poursuites.
DIMANCHE 9 AOUT. - Dix-neuf dragons français sont arrivés à la ferme Delcommune à Mont. A 9 heures, on voit un aéroplane se dirigeant vers l'E-O. A 10 heures, des cavaliers allemands passent, se dirigeant vers Comblain-la-Tour. Chaleur torride. Le soir, ciel magnifique avant le coucher du soleil : le ciel est partout plein de petits nuages d'un rouge carmin, excessivement brillant, chacun reste en extase: on n'a jamais vu cela.
LUNDI 10 AOUT. - Une foule de cavaliers prussiens campent dans le Ciseau. On voit trois aéroplanes. Des hommes sont, pour le moment, liés au pont de Chanxhe. Un déserteur allemand vient ici à Comblain et demande du travail.
MARDI 11 AOUT. - La nuit a été calme. Un aéroplane est passé vers 3 heures du matin au-dessus de Comblain. On parle ici d'une victoire remportée à Tirlemont par nos troupes. Pendant toute la soirée, on entend le canon du fort de Boncelles ou de Chaudfontaine.
MERCREDI 12 AOUT. - Le matin, un aéro est passé au-dessus de Comblain. Ce soir avant l'office, un officier allemand vient me trouver à l'église pour me dire de faire rentrer tout le monde chez soi. Si on tire rien même que sur un seul des soldats (qui sont campés dans tout le village) "Vous serez tués". Cet officier fait placer des sentinelles près des portes du presbytère et me défend d'en sortir avant qu'il ne soit venu m'avertir. Quelle triste nuit blanche. Je n'ai pu dire la messe le lendemain, étant prisonnier. A ma sortie du presbytère, vers 10 heures, tout le monde venait me féliciter d'avoir échappé.
JEUDI 13 AOUT. - A 7h30, passent, en foule, des soldats tant cavaliers que fantassins. Ils se dirigent vers Comblain-la-Tour. A 10 heures, arrivent plusieurs centaines d'hommes à Comblain demandant à loger. J'ai chez moi deux soldats : un Lorrain et un Hanovrien. Les salles du Cercle sont, de nouveau, envahies par les soldats.
VENDREDI 14 AOUT. - Remue-ménage dans le village. Toute la matinée, les soldats font l'exercice. A 10 heures, le bourgmestre circule avec deux soldats, baïonnette au canon, pour trouver 50 hommes de la commune afin de réparer le pont de Liotte. Réunis devant chez le bourgmestre, les hommes s'en vont alors 4 par 4 et travaillent au pont jusque 2 heures.
SAMEDI 15 AOUT. - Assomption. Triste fête. Nous avons eu cependant 162 communions. Pendant la grand-messe, 4 soldats sont montés au clocher pour enlever le drapeau national. Ils ont aussi enlevé celui de la Tour Saint-Martin et de la Maison communale. Vers 11 heures, on donne le signal du départ. Tous se préparent. Alors passent pendant une heure et demie des soldats de toutes armes du Pont-de-Sçay et d'Aywaille avec canons, mitrailleuses, bagages, bateaux. On place le téléphone au moyen de bobines portées en brancard par deux hommes. Il passe aussi des voitures de poste, des chariots d'ambulance, des cuisines, etc, etc. Tout cela se dirige vers Anthisnes. Remarqué : une troupe d'hommes de la Croix-Rouge qui se sont distingués par leurs cris lorsqu'ils sont passés devant l'église. Soirée tranquille. Il n'y a plus de soldat à loger. Il n'y a que des sentinelles.
DIMANCHE 16 AOUT. - Des officiers vont trouver le bourgmestre pour l'obliger à fournir des hommes pour tirer les machines envoyées dans le tunnel. Pendant la matinée, passent des troupes se dirigeant vers Mont. A 4 heures, arrive sur la place une quantité de charrettes de fermes de toutes espèces, venant du Condroz. Elles doivent servir à Aywaille pour transporter des sacs de farine et pour les diriger vers Clavier.
Vers 4 heure et demie, arrivée de nombreux régiments qui vont loger à Comblain. Le Cercle est d nouveau envahi. Ces hommes ont l'air plus barbare que les autres.
A 8 heures, les trompettes sonnent le couvre-feu. Le soir, vers 9h15, on entend à trois reprises des coups de feu. Peu après, on vient sonner à la porte du presbytère. Je me rends à la fenêtre et j'aperçois une dizaine d'hommes qui me somment de descendre. M. le Vicaire et moi descendons. Nous sommes arrêtés. Il y a 7 revolvers devant ma figure. On nous emmène à la forge Grignard où nous sommes jetés contre terre avec violence. Nous y restons 5 minutes. De là, on nous conduit chez Deltour, à l'ancien presbytère. Après nous avoir fouillés, on nous fait asseoir le long du mur. Là se trouvaient déjà M. le Bourgmestre et les trois nommés Lallemand, habitant rue de la Ferme, à Comblain. Ne tardent pas à nous rejoindre : Jos. Halleux, limonadier du Cercle, et son beau-frère. Pendant toute la nuit, jusqu'à 6 heures, les soldats ivres qui se trouvaient dans la salle ne cessaient de nous accabler de leurs injures grossières, de nous menacer avec leurs fusils, faisaient semblant de nous frapper avec leurs sabres et leurs baïonnettes. Ils nous disaient que nous allions être tués, qu'on préparait notre fosse.
A 6 heures, vint un officier qui renvoya tout le monde sauf M. le Bourgmestre, M. le Vicaire et moi. Il nous dit qu'on allait nous conduire à Liège pour soigner les blessés. Je demandai alors de pouvoir aller mettre des souliers. Il consentit et nous fûmes reconduits, chacun entre deux soldats, au presbytère. Là, un soldat vint dans ma chambre où je changeais de linge, tandis que l'autre dévalisait tout ce qui se trouvait à sa portée. On nous reconduisit ensuite chez Deltour où un grossier manant m'enfonça mon chapeau sur la tête en me flanquant deux gros coups de poings.
On se met en route à pied. Il est 7 heures et demie. Nous passons tout le village. Les habitants sont consternés. Beaucoup se mettent à genoux, demandant la bénédiction. Je n'aurais jamais cru cela possible.
Nous arrivons à Poulseur où tout est ravagé. Nous traversons Esneux, Méry, Tilff où on se repose 5 minutes. Après le pont de Tilff, on se dirige vers Boncelles où on arrive à 4 heures. Nous n'avions rien mangé depuis hier soir, aucun des trois. On nous apporte là une soupe au lard qu'il nous est impossible de manger. A 5 heures, on se remet en marche pour les Biens-Communaux, à Seraing. Là, après une pose devant l'église, on se rend au Cercle catholique pour y passer la nuit. Un soldat compatissant nous donne du café, du pain noir et un morceau de lard cru. Pendant la soirée, un brave soldat vient me dire dans son langage moitié français moitié allemand combien il est triste de nous voir traités ainsi, qu'il est catholique et voudrait avoir la bénédiction. Il nous dit que les autres soldats sont tous Luthériens et qu'il lui est défendu de nous parler. Après cela, on se couche sur la paille, pêle-mêle avec les autres Allemands. Inutile de dire que j'ai passé une nuit blanche.
Le lendemain à 3 heures, on sonne le réveil et à 4 heures, sans avoir bu ni mangé, on se remet en marche. On traverse Lize et tout Seraing qui sont pleins de soldats qui ne cessent de nous injurier et même de cracher au visage. Quel calvaire ! Arrivés au pont de Seraing, je dis au médecin de troupe qui se trouvait près de nous que M. le Vicaire est malade et que moi je ne pourrais guère aller plus loin, par suite d'un mal de pieds très violent. On me répond que cela nous fera du bien, que nous étions d'affreux cochons de tuer les soldats. Armés d'un nouveau courage par ces paroles encourageantes, nous traversons Jemeppe. Un officier nous demande si nous avons mal aux pieds. Sur ma réponse affirmative, il me dit : "Tant mieux ! Allez ! Espèces de cochons !" Et d'un coup de crosse de fusil nous fait avancer. Dire quels étaient nos sentiments à ce moment, je ne saurais. Nous marchions sans savoir où nous allions, comme de vraies brutes, avec cette différence que nous nous consolions par la prière. Arrivés à Hollogne, nouvel arrêt. Là, on m'appelle et un officier me rend la clef du tabernacle de Comblain et nous chasse des rangs. L'épreuve était finie. Nous longeons la troupe sui nous salue par des injures et des grossièretés et nous arrivons dans une rue de Jemeppe où un groupe de houilleurs nous fait entrer dans une maison pour nous rafraîchir. Un d'entre eux nous fait entrer chez lui, un nommé "Toussaint", rue Hullos, où il nous a fait préparer de quoi nous restaurer. Remarque curieuse : parmi toute la population ouvrière de Seraing, Jemeppe et Hollogne, nous n'avons rencontré guère plus de 2 ou 3 personnes qui ne nous aient pas salués. Il est alors 9 heures. Nous reprenons notre route pour arriver à Comblain. Nous longeons la Meuse jusque Kimkempois. Là, nous sommes reçus d'une façon des plus amicales par M. le Curé et M. le Vicaire qui nous offrent à loger, ce que nous acceptons. Le lendemain matin, en route pour Tilff où l'accueil le plus sympathique nous est réservé. Nous allons prendre notre repos chez M. le Curé. J'ai été soigné à l'hôpital des RRdes Soeurs et en route pour Esneux. Arrivés là, plus moyen d'aller plus loin, j'avais les jambes dans un pitoyable état. Je me proposais d'aller chez M. le Curé mais on me le déconseille : les Allemands sont là. Ils prennent de nouveau M. le Curé en otage pour la 4e ou 5e fois. Un brave, M. Malaise, nous fait entrer dans sa villa "Les Eglantines" et nous offre bien gentiment l'hospitalité. Le lendemain matin, nous continuons notre route vers Poulseur et nous arrivons à Mont à 12 heures. On nous restaure à la ferme Pahaut, et puis nous arrivons à Comblain chez les Soeurs vers 2 heures. A peine notre arrivée est-elle connue qu'on arrive de partout pour nous saluer et nous féliciter d'avoir échappé aux barbares; même des militants socialistes viennent s'associer aux catholiques, mais on nous conseille de ne pas rester à Comblain. Il y a encore une troupe de sauvages qui gardent les ponts et la voie du chemin de fer et qui terrorisent les habitants. Nous retournons donc à Mont où M. Dupont-Simonis est heureux de nous héberger. On nous raconte là-bas tout ce qui s'est passé à Comblain depuis notre départ. Pendant la fameuse nuit du 16 au 17, ils ont mis le Cercle à sac, ils ont enlevé toutes les liqueurs, volé l'argent, terrorisé et pillé la maison de M. Halleux; ils ont tiré des coups de fusils l'un contre l'autre. Une fenêtre a reçu dans ses châssis 7 coups de balles, du sang a été versé en trois endroits, les portes de la salle transpercée par des balles. On a même tiré sur le piano et même défoncé la contrebasse, les lampes électriques sont brisées, le drap du billard est troué par des baïonnettes et on dit qu'ils ont tiré l'un sur l'autre et qu'il y a eu deux tués. A l'église, ils ont défoncé la porte extérieure, celle du choeur, celle des fonts baptismaux et fait sauter la serrure de la porte d'entrée. Ils se sont même rendus au clocher. Ils ont souillé l'église par leurs crachats. A la sacristie, ils ont brisé une fenêtre, ouvert toutes les armoires desquelles ils ont tiré tous les ornements qu'ils ont jeté pêle-mêle sur le pavé. A partir de ce dimanche, on ne sonnera plus les cloches tant que les temps ne seront pas meilleurs.
LUNDI 17 AOUT. - Après notre départ, on dit dans le village que les soldats vont mettre Comblain à feu et à sang et beaucoup de familles fuient en emportant les objets les plus précieux. On dit qu'on va faire une enquête sur les coups de feu d'hier soir et on doit voir à Liège le gouverneur général von Bülow pour décider de notre sort. On ne nous a même pas questionnés. De temps en temps, passent des officiers à cheval suivis de voitures provenant de châteaux belges.
A 2 heures, passent près du pont, allant vers Comblain-la-Tour, une quantité incroyable d'autos, motos, autobus, camions-autos, ayant même parfois deux remorques, toutes chargées. Après la pétarade d'hier soir, le colonel a dit, paraît-il, je ne sais ce qu'on ferait de ce village, si la garde nous attaquait, nous mettrions tout à feu et à sang. Soirée tranquille.
MARDI 18 AOUT. - Il y a eu une fusillade hier soir. Ce sont encore les Allemands qui tirent entre eux.
MERCREDI 19 AOUT. - A 11 heures, passent douze grandes voitures contenant des munitions pour canons. A 6 heures, un bataillon de pontonniers vient s'installer au Ciseau. Les maisons sont envahies. On fait appeler le F.F. Dehan et on lui dit que si quelque chose d'irrégulier se passe, on détruira tout. Ledit Dr Dehan parcourt la commune et fait part de l'édit. Nuit tranquille.
JEUDI 20 AOUT. - A 2 heures, passent 15 chariots près du pont, se dirigeant vers le Pont-de-Sçay. Ils en retournent 2 heures après, chargés de munitions et se rendent vers Comblain-la-Tour. Nous sommes à Mont chez M. Dupont qui nous offre l'hospitalité pour autant de temps que la chose sera nécessaire. Quelles braves gens !
VENDREDI 21 AOUT. - On entend le canon dans la direction de Namur.
SAMEDI 22 AOUT. - Nous n'allons pas encore dire la messe à Comblain. Il n'y aura donc pas eu de messe à la paroisse pendant toute la semaine. Un grand nombre de personnes se réunissent cependant chaque jour le matin à 7 heures pour la visite au Très Saint Sacrement et, le soir, à 5 heures, pour le chapelet que récitent les Soeurs.
DIMANCHE 23 AOUT. - Nous venons dire la messe à Comblain, mais on ne sonne pas. Plusieurs personnes se sont approchées de la Sainte Table. On dit les messes à l'heure ordinaire, mais la grand-messe est remplacée par une messe basse. J'ai eu à Mont, pendant la journée, la visite de nombreux paroissiens, entre autres, l'échevin socialiste qui était visiblement peiné de ce qu'on nous avait fait souffrir.
A 3 heures a lieu, à l'église, la récitation du chapelet au lieu du salut. Pendant toute la journée, on a entendu le canon du côté de Huy. Le matin, une quantité énorme de soldats, avec canons et chariots, sont passés, se dirigeant vers Comblain-la-Tour. Soirée tranquille mais vers 10h50, des coups de feu se font entendre près du pont puis vers 11h10, des coups de sifflet suivis de coups de fusil. On ne connait pas le fin mot de cette histoire, mais on est allé chercher le docteur Gillis pour un blessé qui avait reçu un coup de couteau dans le mollet. C'était, m'a dit M. Gillis, un soldat qui s'était blessé volontairement, craignant d'aller au feu. On avait parlé, me dit M. Gilis, de venir me chercher en otage mais le docteur a prouvé que c'était le soldat qui s'était ainsi mutilé.
LUNDI 24 AOUT. - Nous venons dire la messe à Comblain, le village est de nouveau envahi par les soldats. Le Cercle est de nouveau occupé. Ils y font du désordre, cassent des chaises, trouent tous les décors, le rideau, cassent des carreaux et salissent les drapeaux, déchirent un oriflamme qui portait le nom de la Vierge, se servent de petites bannières de la procession pour en faire des oreillers, éparpillent sur tout le grenier du Cercle les robes de la Sainte Vierge et déchirent les papiers qui servaient à la crèche. Ils arborent au Cercle deux drapeaux allemands. Ils salissent de leurs excréments les décors du théâtre. Bref, ils mettent de nouveau à sac tout le Cercle. Les habitants pensaient qu'ils allaient l'incendier.
MARDI 25 AOUT. - On a apporté à Mont tout ce qu'il faut pour célébrer la sainte messe. Celle-ci est dite dans le salon de chez Dupont. Vingt-cinq personnes des environs y assistent. J'ai même distribué la Sainte Communion. Cela rappelait les plus mauvais jours de la terreur.
MERCREDI 26 AOUT. - M. le Vicaire célèbre la sainte messe à Mont où une trentaine de personnes sont heureuses de pouvoir y assister. J'ai dit la messe à Comblain. La nuit dernière, les Allemands se sont battus. Vers midi, un officier, suivi de plusieurs soldats, vint me trouver à Mont pour me dire que je suis pris comme otage avec M. le Bourgmestre Dadoumont, Castermans, Grégoire, le notaire Dimbourg et M. Rouffignon. Je lui montre le passe-part que m'avaient donné les sicaires du 17 août. Il me donne le temps de diner, place une sentinelle à la porte et va quérir Grégoire et Dadoumont. Il revient vers 1 heure. Je l'attendais mais il me dit que je n'ai pas besoin de les suivre. Mesure bien arbitraire.
JEUDI 27 AOUT. - Nous venons dire la messe à Comblain et nous rentrons au presbytère.
