L'université ambulante
Cette "université" a existé pendant la guerre 1914-18.
1. Le décor.
A l'extérieur, c'est la guerre : nous sommes en novembre 1914 lorsque débute cette aventure. Les trains ne roulent plus que pour l'occupant et les civils, comme les étudiants, sont privés de moyens de déplacement.
A l'intérieur, c'est un local inoccupé de l'école communale mis à disposition par l'Administration qui, dans un premier temps, abrite cette "université".
2. Les acteurs.
Le premier et sans doute le plus important est un certain Joseph CASTERMANS, l'aîné des acteurs. Il prend l'initiative d'organiser des cours à l'attention des jeunes étudiants livrés à eux-mêmes par la guerre et trouve beaucoup d'enthousiasme auprès des parents de ces jeunes désoeuvrés.
Le corps professoral comprend :
- Joseph CASTERMANS, qui se destinait avant ces événements au professorat et était considéré par tous comme une "boule" ;
- François DIMBOURG, étudiant en droit et fils du notaire de la place ;
- Théo SENNY qui sera le professeur d'anglais.
Jules CASTERMANS, le boute-en-train qui se transforme en professeur de mathématiques lorsque son frère Joseph est absent ; Ernest HARSIN, élève de l'Athénée de même que Raymond NOEL, fils aîné du chef de gare ; ajoutons encore parmi les aînés Lucien MARTIN, élève de l'Athénée et Louis FONTENOY, lequel aime s'exprimer en wallon.
Les autres étudiants sont plus jeunes et naviguent dans le sillage de leurs aînés : Joseph MARTIN, frère de Lucien, Louis LEFORT, Prosper COULEE, Jules MARTIN, Gaston NOEL, frère de Raymond, Marcel GOFFARD, Franz COULEE, le démon de la compagnie et enfin le plus jeune, Alphonse DEHAN, lequel a signé dans les "Echos" (1957-58) une longue chronique détaillée de cet "institut Castermans" comme l'appelaient entre eux ces étudiants.
3. Le scénario.
Faute de matériel scolaire, l'essentiel du travail consiste à prendre des notes dans un cahier au fur et à mesure des exposés des "professeurs". Pas d'absentéisme du moins en cette période de l'année où la nature n'incite pas à la flânerie. Les cours débutent à 9 heures et reprennent l'après-midi de 14 à 16 heures ; le jeudi après-midi est libre.
Fin novembre, Joseph FAGNOUL, de Hoyemont rejoint la petite bande ; l'accueil est nettement plus enthousiaste à l'arrivée d'une jeune fille, Lucienne MIGNOLET de Géromont, suivie le même jour par Ernest GREGOIRE, du Raideux.
En décembre, le groupe accueille Adolphe HAUSMANNE et Bruno CHEVRON du quartier de la route de Mont. Malheureusement, le froid vif de ce mois de décembre et la pénurie totale de charbon imposent l'arrêt des cours de l'école communale et bientôt aussi l'arrêt des activités de l'université".
En mars, à la reprise des cours, l'environnement a changé : ceux-ci se donnent dorénavant dans la propriété de la Comtesse de STAINLEIN, rue des Roches ; plusieurs départs sont enregistrés : Lucienne, Ernest, Adolphe et Joseph FAGNOUL ainsi que Théo, le prof d'anglais.
Pour une raison inconnue, au mois de juin 1915, le groupe est prié de faire ses bagages et de quitter cette magnifique propriété pour une maison située près de l'cole communale appartenant à Fernand WATHIEU, entrepreneur-peintre. C'est à cette occasion que Franz COULEE sortira cette formule : "Nous voilà devenus une université ambulante".
Juillet 1915 : la fin de l'aventure est proche. Joseph CASTERMANS réunit un jury pour interroger oralement ses élèves. Le seul résultat partiel de cette épreuve est celui de l'auteur de l'article : français : 95 % ; mathématiques : 52 %. L'université ambulante ou l'institut CASTERMANS cesse d'exister en cet été 1915.
Source : C.T., d'après un article de Alphonse DEHAN (Echos de Comblain de 1957 à 1958), L'université ambulante, Echos de Comblain, décembre 2010, p. 95.
