Les légendes du château de Comblain.

Les légendes du château de Comblain.

Emile Detaille nous raconte dans "Les Echos de Comblain" d'avril à juin 1946, les légendes du château de Saint-Martin.

Informations

Les origines

Nous n'avons que des sources orales pour percer le mystère des origines du château de Comblain.

a) D'après une tradition locale, on est resté cent ans pour le construire, parce que les serfs étaient peu nombreux. Ceux-ci allaient arracher les matériaux dans la carrière de Géromont, puis faisaient la maçonnerie avec de la farine de seigle. Les premiers seigneurs locaux s'intitulaient les "comtes de Coblèns".

Telles sont les paroles textuelles qui nous ont été répétées maintes fois invariablement. Deux choses semblent conformes à la réalité : les matériaux (pierres, farine de seigle) et l'existence d'une famille "de Comblain".

Source : Mme Marie Pahaut de Mont, surtout,

b) D'après une rumeur légendaire, il reviendrait au château de Comblain l'insigne honneur d'avoir été construit et habité par un des quatre fils Aymon.

Ceux-ci, allèguent certains, avaient bâti chacun un manoir et les ruines poétiques de Comblain, Poulseur, Montfort (disparues) et Neufchasteau sur Amblève (à Raborive) seraient les derniers témoins de leur retraite respective.

Sources : MM. Mathieu Simon de Géromont et Firmin Antoine de Comblain.

c) J'ai toujours entendu dire chez moi que les châteaux de Comblain et de Harzé étaient, il y a des siècles, les plus rapprochés de la région, nous dit Mme Léopoldine S..., de Xhoris.

Souterrains

Beaucoup de Comblennois prétendent que les souterrains du château prennent naissance sous la tour et aboutissent, pour les uns, au trou de la Roche-Noire, pour les autres, aux caves du moulin.

D'après de vieilles gens, il y aurait eu autrefois à Géromont un château qui communiquait souterrainement avec celui de Comblain.

La même croyance existait aussi à Poulseur et à Monfort au sujet d'un passage secret qui aurait relié les deux castels de ces localités par un couloir secret creusé sous l'Ourthe.

Inutile de dire que cette croyance est pure légende.

C'est l'ignorance populaire qui, s'alliant au "merveilleux", a introduit dans le peuple cette absurde affirmation. Les manoirs les plus proches, souvent ennemis jurés, avaient tout intérêt à s'isoler le plus et le mieux possible.

Source : tradition vivace.

Une guerre privée au château de Comblain

Voici un exemple frappant de guerre privée. Ces guerres furent la plaie du Moyen-Age. Elles accumulèrent des ruines sans nombre. Une des plus célèbre du pays de Liège fut celle des Awans et des Waroux. Comblain n'en fut pas exempt non plus, à en juger par cet exemple qui nous est conservé et qui ne fut vraisemblablement pas le seul...

Le seigneur de Barvaux, croyant à une pêche fructueuse, avait placé ses filets dans l'Ourthe. C'était à l'époque des crues et la rivière était alors bien grossie. Quand il arriva le lendemain matin pour retirer ses filets, il resta tout interdit en constatant qu'ils avaient disparu. Cet état de choses n'était imputable qu'aux eaux. Mais notre turbulent sire accusa le seigneur de Comblen d'avoir repêché ses filets. Suite à quels indices ? La légende ne le dit pas. Malgré les protestations de notre dynasticule, une guerre privée éclata; le château de Comblain fut assiégé et finalement occupé. Le seigneur local n'échappa que de justesse aux troupes barvautoises.

Source principale : M.D. Magnée de Comblain.

Le dernier seigneur laïc

La tradition (ou la légende) veut qu'à Comblain aient régné, il y a très longtemps, des seigneurs laïcs désignés sous le titre de comtes de Coblèns.

Les sources sûres de l'histoire nous apprennent qu'il y a effectivement existé à Comblain une famille noble, celle des "Comblenz" ou "Comblen".

En 1147, Raoul de Comblen jette la terreur parmi les moines de Stavelot en ravageant des possessions de l'abbaye pendant une absence du prince-abbé Wibald.

En 1212, Thierry de Comblain s'insurge à son tour contre Stavelot mais doit finalement se soumettre.

A partir du premier quart du XIIIe siècle, il semble que la famille de Comblen ait disparut. Seules ses armoiries se retrouvent plus ou moins brisées, dans les blasons d'autres souches nobles.

D'après la belle légende que voici et qui est encore assez populaire, un comte de Coblèn's, privé d'héritier, aurait cédé ses biens au couvent de Stavelot. Oyez donc le merveilleux récit :

Une délicieuse matinée de la mi-octobre vient de naître; un joyeux soleil semble rire dans le ciel serein; il avive l'or et la rouille des feuillages, patine le vert sombre des ormes et ourle les rocs de guirlandes multicolores; puis il se hâte d'atteindre la forêt proche où l'automne a répandu les plus riches couleurs de sa prestigieuse palette.

Et pendant qu'il accomplissait sa tâche, le seigneur du village, "le comte de Coblèn's" regarde son domaine du haut  de son donjon. Mais ce n'est pas l'orgueil qui enfle sa poitrine. C'est la vue du paysage à l'indicible beauté. Il est si doux de promener ses regards des rochers aux touffes d'arbres et de la rivière aux cabanes éparses dans la vallée. Tout lui semble empreint d'une infinie douceur et il respire d'aise comme à l'approche des beaux jours. Puis il se retourne lentement vers les Roches-Noires et sa face s'illumine soudain. Au pied de ces rochers, dans le terroir tout proche, il aperçoit ses deux fils s'escrimant au fleuret, leur plaisir favori. A cette vue, sa vision poétique s'estompe et, dans sa poitrine, son coeur bat déjà plus fort. Il ressent cette joie intérieure que connaissent à cette époque tous ceux qui s'adonnent au métier des armes. Il regarde, et ses fils l'émerveillent par leur entrain et leur adresse.

Mais tout à coup, un cri de désespoir s'échappe de sa poitrine, ses lèvres se crispent et sa face pâlit. Une vision d'horreur s'offre à ses regards : ses fils viennent de s'écrouler tous deux sur le sol. Le seigneur de Comblain a compris d'emblée toute la portée du drame et de son malheur. L'enjeu n'était pas, comme il le pensait, l'honneur de gagner la partie. Il se rappelle qu'au dernier tournoi, une belle et noble damoiselle les avait séduits tous deux par ses grâces et, depuis lors, il avait surpris chez ses fils certains regards haineux, avant-coureurs des drames.

"Malheur ! Malédiction !" murmure-t-il entre ses dents. Et, du haut du donjon, regarde le comte de Comblenz. Et, au pied des Roches-Noires, deux masses sombres et inertes gisent ensanglantées dans l'éteule.

Une sueur froide monte au front du seigneur, mais il garde tout son calme, redescend tranquillement les marches de pierre du donjon et pénètre dans la grande chambre où se tient d'ordinaire la famille. Sans rien dire, il lève les yeux vers sa panoplie : les armes meurtrières ont disparu, tandis que les ... "florets" (fleurets) inoffensifs y restent entrecroisés. Alors, avec tout le courage qu'il lui reste, il va vers la châtelaine et lui dit : "Femme, que ferions-nous  de nos richesses si nous n'avions plus d'enfants ? Nous nous faisons déjà vieux et ...

- Pourquoi donc dis-tu cela ? demande la noble dame alarmée, puisque nous avons deux fils, deux jeunes hommes pleins de force et de courage !

- De grâce, réponds, que ferions-nous ?

- Si nous n'avions plus d'enfants, nous... donnerions nos biens aux pauvres et notre argent au diable !

- Eh bien, femme, nos deux fils ne sont plus ! Ils viennent de s'entretuer et c'en est fait de notre race. Désormais, nous n'avons plus qu'à tenir notre promesse et à finir solitairement nos jours dans ce manoir !

A la mort des châtelains de Comblen, le château fut donné à l'Eglise; le bois de Comblain devint le bien des pauvres et c'est ainsi que de nos jours encore cette phrase vit toujours sur les lèvres des Géromontois : "Li bwès d'Comblain, c'est d'a nosse !" (Le bois de Comblain est à nous !).

Quant aux richesses  comprenant l'or, l'argent, les joyaux seigneuriaux, elles furent cachées en terre sous le château même. C'est ce qui s'appelait à cette époque-là, en faire don au diable.

Une partie du trésor a été retrouvée jadis par hasard dans l'ancien cimetière (urnes) et dans le "tièr dè mostî" (christ en or).

Ainsi finit cette merveilleuse histoire que nous ont contée invariablement Mmes Marie Pahaut de Mont, Marie Voos et Anna Pinet de Comblain, Melle Valentine Henry de Géromont, MM. Firmin Antoine et Joseph Deleuze de Comblain, M. Désiré Boëhmer de Géromont, etc, etc...

D'après Mme Marie Pahaut, il s'agit bien des "comtes de Coblèn's" et d'après M. Firmin Antoine ce "comte de Coblèn's" s'appelait "Izdrèi".

Géolocalisation
50.476215935445644 ; 5.574563741683961