La légende du prêtre-revenant

La légende du prêtre-revenant

Un fantôme hantait l'église de Saint-Martin.

Informations

L'église actuelle de Comblain-au-Pont qui date de 1853, a succédé à celle qui était perchée au sommet du promontoire rocheux de Saint-Martin, au milieu des ruines de l'antique maison forte dont le donjon, échappé par miracle à la destruction, fut repris comme tour.

Cet oratoire, des plus pittoresquement situé, était renommé pur deux particularités : il avait une nef beaucoup plus étroite que l'autre, à cause de la forte déclivité du terrain ; et il était hanté par le spectre d'un de ses anciens desservants.

L'accès de la petite église n'était nullement commode ; les vieilles gens, les valétudinaires et les personnes caduques devaient renoncer à entreprendre un trajet aussi raide et, quand l'hiver régnait en maître, il était nécessaire, pour faciliter l'ascension de l'escarpement, de fixer tout le long du chemin des pieux de bois reliés par de gros cordages d' "oûtelîs" ou mariniers de l'Ourthe. Grâce à ce moyen rustique mais pratique, les fidèles parvenaient à se hisser jusqu'au temple en évitant chutes ou glissades.

Cet état de choses explique pourquoi les chrétiens désireux de faire leurs dévotions à l'église étaient plutôt clairsemés. Un autre motif les retenait aussi : des Comblennois en prière avaient été plus d'une fois terrorisés par la présence soudaine du prêtre-revenant qui apparaissait de temps à autre au pied de l'autel, revêtu de ses habits d'officiant et tenant en main le calice recouvert de son voile. Se tournant vers les bancs, il demandait désespérément d'une voix d'outre-tombe : "qui èst-ce qui va chèrvi m'mèsse ?" Les témoins médusés sortaient de l'église, pâles comme des morts ; la question demeurait sans réponse et l'apparition fantomatique s'évanouissait.

Les Comblennois connaissent ces faits mais jamais parmi eux aucun n'avait osé répondre "moi !" et servir d'acolyte.

Un jour pourtant, un prêtre étranger de passage chez nous déclara au curé de Comblain qu'il allait attendre le revenant et qu'il lui dirait se tenir à sa disposition pour l'office divin.

Quand le fantôme se montra, le prêtre-acolyte répondit favorablement à la question habituelle et s'agenouilla au pied de l'autel. La messe commença.

Quand furent récitées les dernières prières, le curé étranger qui, malgré son sang-froid, était resté tout le temps tête baissée, vit le revenant s'approcher de lui, lui prendre la main et le remercier chaudement, ajoutant que l'aide qu'il venait de lui accorder mettait dorénavant un terme à son existence spectrale et à ses apparitions. "Ma faute est réparée maintenant" déclara-t-il. "Ma conscience est désormais en paix ! La messe que j'avais négligé de dire de mon vivant à l'intention d'un paroissien décédé est enfin célébrée. Deo gratias !"

L'hôte du curé de Comblain n'osa jamais regarder en face la forme blanche qui pourtant lui parlait sur un ton si amical. Il crut même un moment qu'il allait faiblir et son bras, soudain, retomba. Il fit un effort sur lui-même et constata que le revenant venait de lui lâcher la main en s'effaçant dans le royaume des ombres.

Source : M. Emilien Grasser de Géromont qui tient ce récit de Henri Foccroulle qui fut bourgmestre de 1896 à 1911.

Emile DETAILE, la légende du prêtre-revenant, Echos de Comblain, n°6, juin 1947

Géolocalisation
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