La bannière de saint Hubert

Un drame du temps des bètchètes.

Informations

Voici comment m'a été expliquée à Comblain, l'origine de la bannière de saint Hubert.

Louis Pahaut, batelier de l'Ourthe, et son fils qui portait le même prénom, furent contraints d'arrêter leur route fluviale et d'amarrer leur bètchète au lieu-dit "Li p'tite batte" à Tilff, la nuit tombant très vite en automne.

Rappelons qu'une bètchète était un bateau typique de l'Ourthe et de l'Amblève, caractérisée par sa proue relevée qui lui permettait de franchir le pertuis d'un barrage sans que l'eau ne s'y engouffre.

Nos deux nautoniers décidèrent donc de passer la nuit à Tilff, peut-être chez des parents, également bateliers, ou dans une de ces auberges spécialement fréquentées par les Ourthiers.

Louis Pahaut fils, jeune batelier, accompagnait son père qui était au gouvernail de la barque. Que se passa-t-il soudain pendant la manoeuvre d'accostage ? Le fils tomba malencontreusement dans la rivière et disparut rapidement dans les flots et l'obscurité de la nuit.

Le père, affolé, se jeta spontanément dans l'Ourthe en s'écriant : "A la garde de Dieu et de saint Hubert !"

Les secondes d'angoisse passaient et le corps du malheureux fils, emporté par le courant, était apparu une seconde fois à la surface de l'eau. Il disparut de nouveau mais les personnes présentes sur les lieux, le virent émerger à nouveau. C'est alors que quelqu'un cria au pauvre père : "Retourne-toi, le voilà !"

Sans perdre un instant, le papa nagea vers son fils, parvint à l'agripper et à le ramener péniblement sur la berge, aidé par les témoins.

Louis, le père, s'écria alors : "Je fais le voeu de porter chaque année à la procession du Saint Sacrement à Comblain, une bannière en l'honneur de saint Hubert !".

Le fils eut la vie sauve et, grâce à sa constitution robuste et à sa jeunesse, se rétablit rapidement. Peu de temps après, le père et le fils, firent à pied, le pèlerinage de Comblain à Saint-Hubert d'Ardenne, dans le Luxembourg belge.

Il s'empressa de faire confectionner une grande bannière, couleur marron foncé, portant à l'endroit une peinture à l'huile, de forme ovale figurant saint Hubert, évêque accompagné de son cerf crucifère, et, à l'envers, les deux initiales L.P. (Louis Pahaut) artistiquement brodées, chacune dans un ovale.

Il exécuta fidèlement son voeu, se retrouva chaque année à la procession du Saint Sacrement où il porta fièrement l'emblème qui lui rappelait à la fois l'épouvantable drame du début d'une nuit et le sauvetage quasi miraculeux de son fils.

A la mort du père, ce fut le fils qui prit le relais et, de génération en génération, la bannière figura en bonne place dans la procession, portée par un membre de la famille.

Lorsque la procession annuelle fut supprimée à Comblain (vers 1965) la bannière fut remise à l'église avec de petits emblèmes et accessoires les plus divers.

La bannière a été donnée au Musée qui va la conserver précieusement. Elle se trouve actuellement dans l'église Saint-Martin.

Bien peu de Comblennois connaissent encore l'origine de cet étendard. Pour que la relation ci-dessus ne s'oublie pas dans les brumes du passé, nos Echos de Comblain ont estimé qu'il était louable et touchant d'en perpétuer le souvenir.

Nous n'avons pas pu savoir en quelle année les faits ci-dessus se sont passés, ni connaître l'âge des deux bateliers.

Source : La bannière de saint Hubert (Comblain-Tilff), Comblain Eaux Légend'air, Comblain-au-Pont - Chapelle de Mont - Musée du Pays d'Ourthe-Amblève, p. 9.(d'après Emile Detaille)

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