Le temps du patronage

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Existe-t-il encore un Patro à Comblain à l'heure actuelle ?

Pour ma part, je me souviens du temps où il était très actif, dans l'immédiat après-guerre. Bien qu'il ait dû voir le jour avant 1940, je ne peux vous en dire que ce que j'ai connu durant les années 1946 à 1951, période pendant laquelle je le fréquentais assidûment.

Les réunions avaient lieu le dimanche après-midi. Parmi tant d'autres activités, nous y avons appris à jouer à la balle-chasseur dans la cour du Cercle des Familles, puisque notre local se situait dans ce bâtiment-là. Une ligne médiane partageait le terrain en deux et séparait les équipes qui n'avaient pas le droit de faire incursion dans le camp opposé. Le jeu consistait à essayer, avec une balle en mousse du volume d'un ballon de water-polo, d'atteindre un adversaire sur toutes parties du corps autres que les mains.

Ceci, c'était un classique, comme l'étaient nos balades au Bois de Comblain pour l'annuelle cueillette du muguet ou les grands jeux. J'ai remarqué plus tard que nos ne jouions jamais à des petits jeux, mais le fait d'annoncer un grand jeu émoustillait notre imaginaire et fustigeait notre impatience. (A cette époque, et même plus tard, la mention "GRAND BAL à..." figurait invariablement, en lettres capitales de vingt à trente centimètres de hauteur, sur toutes les affiches, je vous mets au défi de trouver une affiche avec pour simple mention "BAL à...). Les grands jeux nous voyaient évoluer aussi au bois du Chession, souvent pour une prise de foulard ou un jeu de piste. Le cadre de ces activités était principalement l'entrée ouest du bois, là où subsiste encore de nos jours les vestiges des tranchées creusées par les Français en 1794 quand ils combattaient les Autrichiens dans notre belle contrée.

Nos dirigeants, pour autant que je m'en souvienne, avaient pour noms Jacques GROYNE, le "petit" vicaire MOREAU, et Arthur, apprenti boulanger chez LOUVIAUX. Ceux-ci succédèrent aux Fidèle DETHISE, Julien XHAARD, Victor MASSOZ, Paul SENNY, Marcel PITOT et au vicaire MASSION entre autres. (Me connaissant un peu mieux depuis que je m'épanche dans les pages de vos Echos, vous vous doutez qu'ils eurent pas de mal de fil à retordre "avou l'lèt mârtico k'dj'esteû". J'ai été renvoyé plus d'une fois... Autant dire que le dirigeant me prenait par l'oreille, me faisait traverser la route de Géromont pour m'amener à papa qui, la sienne collée au poste de radio, écoutait la plupart du temps Luc VARENNE dans ses fameux reportages de matches de football. En général, mes parents m'infligeaient une seconde punition, désespérés qu'ils étaient d'avoir engendré "on cagnèsse comme mi".

Au début, la fédération des Patros n'éditait aucun journal. Nous pouvions acheter le "Journal  de Spirou", hebdomadaire diffusé au patronage. Nous avions même une épinglette (un pin's pour la génération actuelle) des ADS, c'est-à-dire des Amis de Spirou.

En 1947, le curé PIEDBOEUF mit sur pied une petite troupe de théâtre pour jouer "Blanche-Neige et les sept nains". 

Donc le curé était passé metteur en scène, tandis que l'inamovible Jean VILENNE déployait tout son talent pianistique pour soutenir nos voix dans le répertoire devenu célèbre depuis la sortie du film de Walt DISNEY. Les rôles étaient tenus par Christine LUXEN (Blanche-Neige), Maguy DELGOMBE (le Prince Charmant) - c'est vrai qu'elle était charmante, hein Paul ? - et Liline COULEE (la marâtre sorcière). Toutes les trois étaient dirigeantes du patro des filles. Quant aux nains, mon frère André campait le personnage de Prof, Nadette COULEE jouait Simplet, Jacques ROMAIN était un convaincant Joyeux. Jean-Marie COULEE, - in'ôte cagnèsse, ci châl - se complaisait dans la peau de Grincheux. Marie-Jeanne GROYNE était devenue Timide. Mais qui était donc Dormeur ? Impossible de m'en souvenir, malgré les avis de recherche que j'ai lancé en diverses directions. Si Dormeur est enfin réveillé, il peut toujours se faire connaître. La difficulté à retrouver sa trace réside dans le fait qu'il ne figure pas sur la fameuse photo prise lors de l'unique représentation à la lisière du bois de Saint-Martin. Il devait sûrement ronfler tout à son aise dans son coin au moment du flash ! Si c'est ça, on peut dire qu'il avait pris son rôle à coeur... Enfin, la politesse l'exigeant, je termine par moi-même qui étais un Atchoum plus vrai que nature. Je soupçonne le curé de m'avoir choisi pour ce rôle à cause de la morve qui me pendait au nez : vous voyez le tableau !... Si vous me croisez un jour, au hasard de mes courtes visites à Comblain, n'insistez pas trop sur tous les défauts dont j'étais affligé et dont je vous fais la narration dans ce périodique, car à l'instar de Cyrano de Bergerac, "Je me les sers moi-même avec assez de verve, mais je ne permets pas qu'un autre me les serve")...

J'ai retenu quelques chansons que nous dûmes mémoriser, de sorte que, cinq décennies plus tard, quand je revois un extrait du film à la TV, je me surprends à fredonner avec Blanche-Neige :

"Un jour mon prince viendra" ou à reprendre en choeur avec les nains :

"Mon pic-pic-pic... dans la mine fait toc-toc,

Mon Pic-pic-pic... brise le charbon en blocs"

ou encore :

"Hé ho ! hé ho ! on rentre du boulot"

Dans "Chantez donc ma p'tite chanson" ; chaque nain y allait de son petit solo. Si j'ai oublié la plupart de ceux de mes partenaires, je sais que tous contenaient un trait d'humour, un jeu de mots. Ainsi Prof chantait :

"A Pôle, on pêche à l'asticot

Comme on l'fait en Belgique,

Mais pour pêcher le morse, il faut

Une ligne... télégraphique".

L'allusion à monsieur MORSE était évidente, comme l'était celle au "Chant du Départ" que j'interprétais :

"Guépard est un p'tit léopard

Avec de longues pattes,

Mais pour la chasse quand il part

Le chant du guépard éclate".

Après chaque couplet, tous au refrain :

"Chantez ma p'tite chanson en jouant du piston

Chantez ma p'tite chanson en jouant du clairon".

Il y a gros à parier que ces paroles sortaient tout droit de l'imagination du curé PIEDBOEUF et non de la bande-son du film...

Source : Jean LUXEN, Le temps du patronage, Echos de Comblain, avril 2002, p. 25 et 26.

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