Le temps des petits bateaux

Le temps des petits bateaux

Jeux d'enfants d'une époque pas si lointaine.

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Un rien suffit pour rendre un enfant heureux. On s'imagine trop aisément qu'il faut débourser une centaine d'euros, afin d'offrir un cadeau attrayant vu à la télé, pour porter son bambin au comble du ravissement. Dans un ancien numéro, je vous parlais du bonheur que nous éprouvions à fabriquer et à utiliser nos propres jouets. Reportez-vous à ces images venues d'Afrique que la télé nous dispense à l'occasion : on peut voir un gosse jouant au cerceau, un autre manipulant une auto qu'il a construite lui-même à l'aide de bouts de bois, de fil de fer, un troisième à califourchon sur une espèce de draisienne d'un autre âge. Leurs visages radieux montrent manifestement qu'ils s'amusent, malgré la grande misère dans laquelle ils baignent au quotidien. Leur bonheur est une question d'état d'esprit : ils l'ont conquis en réussissant à matérialiser leur imaginaire en réalité. Je suis sûr qu'ils éprouvent plus de joie qu'un enfant ayant reçu un super cadeau, survalorisé par des effets d'animation télévisuelle. Quand il a ouvert la boîte et qu'il se trouve devant un jouet inerte, il doit ressentir une grande déception s'il n'arrive pas à stimuler son imagination afin de lui donner vie.

Tenez, moi quand j'étais gosse et que je revenais de l'école, j'ai fait comme des centaines d'autres gamins après une bonne pluie d'orage. Nous ramassions un brin de paille, un bout de bois ou une allumette et les jetions dans le caniveau bordant le côté gauche de la route, si l'on se place dans le sens de la descente. Le but était de mettre à l'eau notre frêle esquif (il est toujours frêle celui-là !) et de le suivre des yeux jusqu'à la place où il disparaissait dans le grand égout.

Nous faisions des courses de ces bateaux improvisés, souvent par deux. Au top départ, nous placions nos fétus dans la rigole et la compétition commençait. Nos petits bateaux filaient bon train ou se trouvaient pris dans des remous tournoyants, quand une branchette ou un amas de déchets amenés par l'orage entravaient leur avancée. Je rassure tout de suite les cantonniers : leur travail était bien fait, mais ils ne pouvaient pas curer tous les fossés et rigoles du village en même temps. Quand nos embarcations étaient bloquées dans ces mini barrages, la règle était de les dégager en leur ouvrant une brèche, mais une interdiction de les toucher !

Le passage le plus rapide se situait devant chez STREE et LIXON, et pour cause : les habitants de ces maisons nettoyaient régulièrement la rigole devant leur porte. Là, nous devions presser le pas pour accompagner nos embarcations, surtout si l'orage avait bien gonflé le flux de l'eau. Le vainqueur de la course était celui dont le bateau s'engouffrait le premier dans le canal de la place.

"C'étaient, me direz-vous,

Ders choses bien futiles,

Des amusements de fous

Pour des enfants débiles,

Mais c'étaient là mes jeux,

Excusez-moi du peu"

Pourriez-vous chanter avec Georges BRASSENS sur l'air de "La Balade des Dames du Temps Jadis".

Source : Jean LUXEN, Le temps des petits bateaux, Echos de Comblain, septembre 2005, p. 69 et 70.

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