Le club des alpinistes comblennois s'élargit
Une autre ascension des Roches Noires qui faillit mal tourner.
Monsieur Jean LUXEN me fait parvenir une lettre de quatre pages tout au long desquelles il me décrit une de ses aventures de gamin, clame sa fierté d'être wallon et met en exergue les excellents souvenirs emportés de Comblain jusqu'à son lointain Tournai.
De plus, il se mord les doigts d'avoir tardé à me contacter car lui aussi a escaladé les Roches Noires. Le palpitant récit de Pol ROMAIN (Dernier de cordée) lui a coupé l'herbe sous le pied. Je rassure de suite mon ami Jean. Il ne sera pas question de plagiat, même si l'on entend parfois dire qu'a beau mentir qui vient de loin. Mais lorsque l'on cite des noms de compagnons d'équipée, de plus abonnés aux "Echos", il devient impensable de ne pas être crédible. C>'est donc le coeur léger que je lui cède la place.
Un jour d'été, vers la fin des années quarante, (je devais avoir 10 ans ou un peu plus) je jouais dans les prés du fermier GREGOIRE, entre Saint-Martin et les Roches Noires. Surviennent Jacques GROYNE et mon frère André qui me disent : "Tu viens avec nous ? On va faire de l'escalade". Innocemment, j'acquiesce et les accompagne.
Voilà mon Jacques qui nous conduit dans la galerie boisée au pied du rocher et qui décide de grimper en plein centre. "C'est ici que c'est le plus élevé. On va juste passer à côté de "la grotte" qui nous barre le chemin. Nous voilà partis, mains nues évidemment. Jacques avait aux environs de 15 ans et André en avait 13.
Jusqu'à la "grotte", le trou où j'allais de temps en temps fumer en cachette avec Jean-Claude GAVAGE, aucun problème. Mais, à peine passé cet endroit, je reste calé. Pas moyen de trouver une prise. Mes bras trop courts n'arrivent pas à atteindre les aspérités que je décelais dans la roche. Jacques était presqu'au sommet et André caracolait entre lui et moi. J'appelle mon frère au secours et lui m'encourage de la voix : "Cherche bien à gauche, à droite. As-tu les pieds bien bloqués ? Essaye un peu par-là". Peine perdue, j'étais "scotché" sur place. Mon frère redescend tout doucement (c'est bien plus dangereux que de monter) en me disant sans arrêt : "Ne regarde pas vers le bas".
Finalement, à force d'encouragements et de conseils avisés, j'ai réussi à me déplacer de quelques décimètres vers la gauche, ce qui m'a permis de reprendre ma progression vers le haut. Et ce furent les derniers mètres qui constituèrent la plus grosse des difficultés. La roche n'affleurant plus, c'était des herbes sèches qui garnissaient le sommet. La pente n'était plus aussi raide. Elle s'arrondissait avec un réel danger de glissade. Quand j'ai accroché les mains salvatrices de mes deux complices, je me suis senti soulagé et... fier.
Je crois que c'est ce jour-là que j'ai décidé de faire mon service militaire chez les para-commandos.
Faisons rapidement les comptes. La cordée de Pol ROMAIN comptait 4 participants. Il convient d'y ajouter le trio de Jean LUXEN, soit 7 alpinistes au total. Il en reste encore deux car Albert HENON et moi-même avions emprunté le même itinéraire que Pol ROMAIN pour réussir "l'exploit". Albert était accompagné de son petit chien et j'avais, pour ma part, emporté ma carabine à plombs dont je me séparais rarement. Notre aventure a eu lieu entre 42 et 44. Au total, cela fait donc 9 intrépides. Y en aurait-il eu d'autres ? Je pense bien que oui. A vous de me le faire savoir...
Source : R. MARTIN, Le club des alpinistes comblennois s'élargit, Echos de Comblain, mars 1999, p. 22.
