Fé lès vôyes a pîdEn 1924, la plupart des ouvriers allaient travailler à pied.https://bibliotheca.comblainaupont.be/thematiques/11-tranches-de-vie/fe-les-voyes-a-pidhttps://bibliotheca.comblainaupont.be/thematiques/11-tranches-de-vie/fe-les-voyes-a-pid/@@images/image-1200-50bcaaf585d8f46a95e834f17b713d68.jpeg
Fé lès vôyes a pîd
En 1924, la plupart des ouvriers allaient travailler à pied.
Informations
Un travailleur qui, à l'époque actuelle, se déplace à pied ou à vélo pour se rendre à son travail, est considéré à tort ou à raison, comme en retard sur son temps. Pourquoi n'a-t-il pas sa moto ou même sa petite auto, "comme tout le monde" ?
Mais en 1924 !
Je me souviens qu'alors - j'avais 14 ans - les frères Malemprée de Géromont travaillaient à la carrière de la "Bèvrîre". Hinri-Djôre, l'aîné, quittait, tôt le matin, sa maison située à l'intersection de la "vôye dè tîdje" et de la "clôse vôye". Lorsqu'il passait "al cwène dèl rowe", devant la demeure de son frère Alphonse, ce dernier se mettait aussi en route.
Les deux frères étaient toujours ensemble, mais toujours, aussi, l'un derrière l'autre, à quelques mètres de distance et ne s'adressant pas ou peu la parole. Henri, toujours en tête, tenait invariablement la casquette sur le ventre et se signait discrètement chaque fois qu'il arrivait à un carrefour. Les deux frères empruntaient la rue du village, passaient "al basse", puis "al bovîre" où ils s'engageaient à gauche dans un sentier de terre qui, bientôt, bifurquait vers la droite où il devenait un simple "royâ" séparant deux terrains labourés. Le sentier filait alors vers le chantier exploité par mon père, carrière où je faisais mes débuts dans le métier d'épinceur.
Henri et Alphonse s'engageaient alors dans la heid où le sentier, maintenant tracé par les éclats d'épinçage, s'en allait de biais et en pente rapide pour atteindre la grand-route entre les deux Comblain, un peu en amont de leur lieu de travail.
En ce temps-là, les ouvriers de Géromont retournaient chez eux pour le repas de midi dès que sonnait "la corne". Ils disposaient seulement d'une heure avant de reprendre le travail.
Malgré la distance appréciable et la remontée qu'ils devaient effectuer, les deux frères se conformaient à la coutume. Ils effectuaient donc l'aller et le retour deux fois par jour et, à l'époque signalée, ils étaient tous deux plus que sexagénaires ! Il va sans dire qu'ils étaient dans l'impossibilité de respecter l'horaire habituel.
Un autre ouvrier courageux était Alphonse Renard. Il habitait Ville-My et travaillait de même à la carrière de Géromont, exploitée par les sieurs Toussaint et Gillard.
Tôt le matin, il quittait Ville, gagnait Filot, traversait la heid des "Stritchous" arrivait à Comblain-la-Tour, puis prenait "al baterêye", "le pazê dès hé d'Djérômont".
Pour venir de Ville à la heid de Géromont, Alphonse mettait une heure et demie mais, pour le retour à Ville, il lui fallait deux heures (fatigue, côtes). Et il a effectué ce trajet-là pendant exactement vingt ans et jusqu'au jour de sa pension !
Voilà des leçons de courage que l'on ne comprendrait plus de nos jours !
Source : André LEPROPRE, Fé lès vôyes a pîd, Echos de Comblain, février 1970, p. 11.