En musardant rue de la Carrière

En musardant rue de la Carrière

Souvenirs de jeunesse.

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Une promenade récente a guidé mes pas sur la route de Géromont. Normal, me direz-vous, on revient toujours sur les lieux de ses forfaits et comme j'habitais au bas de la route...

Je me suis efforcé de revoir les lieux tels que je les avais connus dans les années quarante. C'est fou ce que l'homme modifie son environnement, parfois sans discernement, parfois avec bonheur, il faut le souligner. Ainsi, de la grosse et ancienne bâtisse qu'était notre maison, les Visart de Bocarmé ont fait une belle maison de caractère, c'est indéniable (Ndlr : actuelle maison du docteur Vandenhoute).

En suivant la route, j'ai constaté que le milieu était plus fermé qu'auparavant. Je n'ai pas connu la "houbîre" (1), mais c'est tout comme, car de chez nous au premier virage, il n'y avait aucune construction, si l'on excepte le seul chalet à l'entame du tournant. Ce n'était que jardins.

J'ai évidemment  exploré maintes et maintes fois le coin. Au-delà du pan de grès dressé dans le fond de la carrière, un bois sauvage redescendait dans le Val ; je savais où couper le saule marsault, celui qui donne les gros chatons jaunes au printemps et dont ma maman raffolait tant. Si j'avais envie de cornouilles, je descendais un peu vers la droite, en direction du petit pont du vicinal jouxtant un terrain appartenant aux Renaville. Pour les noisettes, je devais gravir l'autre côté de la colline et rejoindre les rails à la sortie du Val. Les très rares criquets à ailes bleues, je les observais dans le ballast en dessous de chez Houssard. Envie d'anémones ? Le sol du bois en était couvert entre la propriété des Borlon et la carrière.

J'aimais grimper aux arbres (ça ne me déplait toujours pas...). Dans la tête d'un galopin, on ne sait pas toujours ce qui se passe. Un jour, j'avisai quelques jeunes frênes dominant la plaque de roche inclinée qu'on peut voir en bordure de route, à gauche de la carrière. Je jetai mon dévolu sur le plus élancé, gros comme un avant-bras et haut de plus ou moins cinq mètres. Je me mis à grimper jusqu'aux trois quarts. Je planais au-dessus du sol, je savourais le paisible ondoiement du jeune arbre qui s'inclinait vers le bosquet, puis inversait sa trajectoire en direction du rocher.  Ne me demandez pas pourquoi, mais je voulus savoir jusqu'où je pourrais grimper sans que l'arbre ne casse. Précautionneusement, je grignotai encore quelques centimètres. Le lent mouvement de va-et-vient me procurait des sensations de plus en plus grisantes et augmentait mon taux d'adrénaline. Il y a des limites à tout, notamment à la résistance du bois. L'arbre cassa. Infortune, loi de la vexation, je retombai côté roche avec un bout du frêne en mains. Compte tenu de la courbe parabolique décrite par la cime de l'arbre et de la hauteur à laquelle j'étais par rapport au rocher, je fis une chute d'environ cinq mètres. Je vous entends d'ici :

  • Pas étonnant qu'il soit fêlé à ce point, il est tombé sur la tête quand il était petit.

Je m'inscris en faux contre cette déclaration : je suis tombé à plat sur le dos, pas sur la tête !

Evidemment, je perdis connaissance. Je repris mes esprits dans le chalet où la brave dame me frictionna le dos avec du rhum ! Je repartis comme j'étais venu, insouciant, en demandant quand même à ma secouriste improvisée de ne rien dire à mes parents.

Qué binamé p'tit valèt ! 

Poursuivant ma promenade, je me suis remémoré, en cette fin d'année 2000, que la maison dressée en face de la Vieille Chera, devait être habitée par un monsieur s'occupant d'assurances. Sur la façade, on pouvait voir une belle plaque émaillée représentant un homme brandissant son bouclier au-dessus de sa famille, pour la protéger d'une chute de pierres (2). C'était une des trois maisons à gauche de la route, les deux autres étaient celles d'Emile Detaille et de Maria Brasseur.

En parlant de Maria, j'ai toujours été dans son jardin avec une certaine appréhension. Quand je vous aurais dit que c'était pour aller y récupérer nos ballons de foot passés par-dessus la haie et qu'il y faisait quelques fois des dégâts dans ses légumes...

Un souvenir parmi tant d'autres. A cette époque, dans la cour du Cercle, on avait construit des W.C., probablement pour les élèves de Jules Flamand. Tout à côté, une balançoire était suspendue à une des branches maîtresses d'un marronnier. Je prenais mon plaisir sur cette escarpolette quand, tout à coup, je vis la tête de Christiane Eischenne émerger de la citerne des W.C. ! Elle avait marché sur la taque, mal refermée sans doute, et restait accrochée par les coudes au rebord du trou nauséabond. Elle était toute pâle et incapable d'appeler au secours, selon toute vraisemblance concentrée par l'effort qu'elle faisait pour ne pas lâcher prise. Je l'ai évidemment sortie de cette fâcheuse posture et pense me souvenir que ses jambes éraflées mijotaient dans l'infecte mixture.

  • As-tu une meilleure mémoire que moi, Christiane ?

Vèyez-v' qui dji n'a nin fè qu'dès bièstrêyes... (Vous voyez que je n'ai pas fait que des bêtises)

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(1) Houbîre : houblonnière. Autrefois l'espace que je décris libre était occupé par une culture de houblon qui alimentait la brasserie banale du Cisaiwe.

(2) Il s'agissait de la "Prévoyance Sociale".

Source : Jean LUXEN, En musardant rue de la Carrière, Echos de Comblain, août 2001, p. 60 et 61.

Géolocalisation
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