Dura lex sed lex

Dura lex sed lex

La loi est dure mais c'est la loi.

Informations

La petite histoire qui va suivre ne manquera pas d'en surprendre plus d'un mais je la garantis authentique.

A l'époque, j'habitais rue Large, dans une maison de coin de la cité que l'on venait de construire. Le coin opposé du même bloc était occupé par un garde champêtre très connu pour son sens pointu de l'application de la loi.

Le printemps montrait le bout du nez et nombreux étaient ceux qui, déjà, retournaient la terre de leur jardinet. Pour sa part, mon père qui possédait une moto en parfait ordre de marche et légalement immatriculée, bricolait un deuxième engin du même genre mais non encore pourvu des plaques réglementaires.

Et tandis que chacun s'affairait à ses occupations, Arsène, notre pandore-hercule, brisa malencontreusement le manche de sa bêche. Aussitôt, il s'en vint trouver mon père et lui dit ; "Albert, j'ai cassé ma bêche. Puis-je emprunter la tienne ?" (1) "Bien sûr Arsène". Et dans une ambiance fraternelle et  conviviale, le précieux outil changea de mains tandis que notre garde multipliait ses remerciements. Ayant mené son bricolage à bon terme, mon père eut à coeur de vérifier les résultats de sa perspicacité. D'un sec coup de cric, il mit le moteur en marche et tout se passa bien. L'engin pétaradait allègrement et mon père, tenaillé d'envie, l'enfourcha pour parcourir une bonne vingtaine de mètres sur la voie publique. Satisfait, il ramena de suite la moto à son point de départ pour peaufiner un ultime réglage.

Une minute plus tard, Arsène, revêtu de sa veste de garde et coiffé de son képi, fit une matamoresque apparition. "MONSIEUR HUBEAUX, un véhicule ne peut être mis en circulation sur la voie publique sans ses plaques réglementaires. Ceci est un avertissement. En cas de récidive, procès-verbal sera dressé." Mon père se confondit en excuses, tout heureux d'avoir échappé à la sanction directe.

Une bonne heure plus tard, Arsène, en bras de chemise cette fois, ramena la bêche empruntée à mon père et, lui tapant amicalement l'épaule, il exprima sa gratitude en ces termes : "Merci, ALBERT, grâce à toi, j'ai pu terminer mon boulot".

Mon père resta interloqué mais dut bien admettre que les deux visages que venait de présenter Arsène s'inscrivaient bien dans le cadre de la plus pure des logiques. Quant au contexte sentimental...

-----------------------------------------------------

(1) Il est plus que probable que les différentes conversations reprises dans le texte ont eu lieu en wallon.

Source : Paul HUBEAUX, Dura Lex Sed Lex, Echos de Comblain, Juin 1995, p. 1.

Géolocalisation
50.47363495095479 ; 5.576634407043458