Dernier de cordée

Dernier de cordée

Une escalade qui faillit tourner au drame.

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Notre petite troupe marchait donc d'un pas décidé vers les Roches Noires. Une fois parvenus à leur pied, nos regards balayèrent de bas en haut, le couloir que Jean-Marie COULEE nous avait proposé de gravir. Il faut bien dire que, vu sous cet angle, l'itinéraire me semblait bien risqué. Mais un Romain, prénommé Jules, n'avait-il pas proclamé que les Belges étaient les plus braves. Je n'avais pas le droit de le décevoir.

Notre chef et guide s'engagea résolument dans l'ascension et, bien encordés les uns aux autres, nous le suivons sans trop de peine. Interdiction de regarder vers le bas... Dès lors, nous fixions toute notre attention sur ce sommet qui s'était, certes, rapproché mais paraissait encore bien haut.

Redoublant d'efforts et d'attention, notre quatuor se regroupa sur une petite plate-forme sur laquelle nous pûmes souffler un peu, à mi-trajet de l'escalade. Et c'est là que les choses se corsèrent car nous étions bloqués. Après mûre réflexion, Jean-Marie décréta qu'il n'était nullement question de redescendre, exercice bien plus dangereux à son sens, que de chercher notre salut vers le haut.

Un malheur n'arrivant jamais seul, un "veau de mars" creva par-dessus nos têtes. Grêle et pluie glacée nous fouettaient le visage et les mains et trempaient nos vêtements, guère appropriés pour une telle aventure. Le froid et la panique nous faisaient claquer des dents.

C'est alors que Jean-Marie COULEE sortit le grand jeu. Bravant les éléments déchaînés, il reprit seul la progression, emportant avec lui une longue corde que nous espérions salvatrice. Subitement, le pied trop énergique de notre valeureux chef descella une pierre de moyen calibre qui vint heurter la main de Fernand WALHAIN. Déjà très déprimée, la victime hurla de douleur et, ayant déjanté, il voulait se lancer dans le vide. Nos larmes de détresse mêlées de pluie, finirent par le convaincre. Fernand se recala contre la muraille et, tout comme nous, il attendit la suite des événements.

Et soudain, le MIRACLE ! La voix de Jean-Marie parvint jusqu'à nous : "J'y suis, les gars". De fait, la corde que notre guide avait acheminée jusqu'au sommet se déroula et notre trio d'isolés put s'assurer qu'elle était solidement fixée. Tour à tour, nous rejoignîmes notre sauveur après un bon quart d'heure d'efforts.

La scène des retrouvailles fut poignante. De larmoyantes accolades s'échangèrent. Le trio des rescapés riait un peu jaune mais il fallait bien donner le change.

J'en veux toujours un peu à ce Frison-Roche qui fut à la base d'une escapade qui aurait pu se révéler dramatique. Depuis ces "inoubliables" vacances de Pâques, mon vrai héros se prénomma Jean-Marie.

Source : Pol Romain, Dernier de cordée, Echos de Comblain, janvier 1999, p.2.

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